Le ronflement n’est pas seulement un problème de couple. Pour une partie des ronfleurs, il est le signal audible d’une obstruction partielle des voies aériennes pendant le sommeil — parfois banale, parfois symptôme d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). L’orthèse d’avancée mandibulaire, appelée aussi OAM ou MAD (mandibular advancement device), est une option thérapeutique validée, fabriquée sur mesure par un dentiste. Mais elle ne remplace pas un diagnostic ORL ni une PPC quand elle est indiquée. Voici ce qu’on en retient au cabinet à Genève.
Key Takeaways
– L’OAM est recommandée en première intention par l’AASM et l’AADSM pour l’apnée du sommeil légère à modérée et pour les patients intolérants à la PPC (AASM/AADSM Clinical Practice Guideline, 2015).
– Une revue systématique récente rapporte des taux de succès > 90 % (réduction AHI > 50 %) chez les patients bien sélectionnés pour le SAOS léger à modéré (MDPI, 2024).
– L’OAM ne remplace pas la PPC dans les apnées sévères (IAH > 30) — dans ce cas, son efficacité diminue et elle n’est acceptable qu’en deuxième ligne.
– En Suisse, l’OAM sur mesure coûte 1 500 à 2 800 CHF, rarement remboursée par la LAMal (possible par certaines complémentaires sur ordonnance médicale d’un médecin du sommeil).
Comment fonctionne une orthèse d’avancée mandibulaire ?
Le ronflement et l’apnée obstructive ont le même mécanisme racine : pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relâchent, la langue recule et le pharynx se rétrécit ou se collabe. L’air qui passe fait vibrer les tissus mous (ronflement) ou ne passe plus du tout pendant 10 secondes ou plus (apnée).
L’OAM agit sur le maintien mécanique du volume pharyngé : en avançant la mandibule de 5 à 10 mm, elle tire la langue et les tissus mous vers l’avant, ce qui ouvre l’espace rétroglossal et rétropalatal. L’imagerie 3D (cone-beam) montre une augmentation mesurable du volume des voies aériennes chez les répondeurs.
Ce qui est moins connu des patients : l’OAM n’a pas qu’un effet mécanique passif. Elle agit aussi sur le tonus neuromusculaire de la langue par étirement des fibres linguales, ce qui diminue la collapsibilité des voies aériennes même à l’éveil. C’est pourquoi certains patients voient leur ronflement diminuer bien au-delà du simple effet « pince à linge » attendu — et pourquoi d’autres, dont l’obstruction est palatine haute, ne répondent quasiment pas au dispositif.
Ronflement simple ou apnée du sommeil : la distinction à faire avant tout
Le premier piège est de traiter un ronflement sans avoir vérifié s’il cache un SAOS. Les deux situations n’ont pas la même gravité et pas la même prise en charge.
Ronflement simple (primaire) : vibrations sans désaturation en oxygène, sans micro-éveils, sans impact cardiovasculaire documenté. Nuisance pour l’entourage, parfois signe de fatigue au réveil.
Syndrome d’apnées du sommeil (SAOS) : pauses respiratoires répétées, désaturations, fragmentation du sommeil. Conséquences documentées : somnolence diurne, hypertension, risque cardiovasculaire et AVC, baisse de concentration.
Critères d’alerte qui imposent une polygraphie ou polysomnographie :
- Pauses respiratoires rapportées par le conjoint.
- Somnolence diurne (score d’Epworth > 10).
- Réveils avec sensation d’étouffement.
- Céphalées matinales, bouche sèche au réveil — à différencier d’une simple xérostomie.
- Hypertension résistante.
Aucun cabinet dentaire ne pose seul le diagnostic de SAOS. Le parcours normal est : suspicion clinique → consultation d’un médecin du sommeil ou d’un ORL → polygraphie ventilatoire ou polysomnographie → indication thérapeutique (PPC, OAM, chirurgie, règles hygiéno-diététiques) → si OAM retenue, réalisation chez un dentiste formé.
Quand l’OAM est-elle efficace ? La classification AHI
L’indice d’apnées-hypopnées (AHI ou IAH) est la mesure objective du SAOS. Les guidelines AASM/AADSM 2015 (Ramar et al.) positionnent l’OAM ainsi :
- AHI 0-5 : pas de SAOS. OAM possible pour ronflement simple.
- AHI 5-15 (léger) : OAM de première intention possible, équivalente ou préférée à la PPC selon les préférences du patient.
- AHI 15-30 (modéré) : OAM ou PPC — décision individualisée. L’OAM a une efficacité plus variable.
- AHI > 30 (sévère) : PPC en première intention. OAM en deuxième ligne uniquement si intolérance totale à la PPC.
Une revue systématique 2024 sur le SAOS léger à modéré rapporte des réductions d’AHI de 32,8 à 12,9 avec des scores de somnolence d’Epworth passant de 14 à 9, et des taux de succès > 90 % dans les études bien conduites (MDPI, Systematic Review, 2024).
OAM sur mesure vs OAM « boil-and-bite » pharmacie
Comme pour les gouttières de bruxisme (voir notre guide gouttière bruxisme), il existe des versions thermoformables à la maison. Notre position au cabinet : elles ne sont pas équivalentes.
OAM sur mesure au cabinet dentaire :
- Double gouttière reliée par un système réglable (bielles latérales, tirants médians ou attaches Herbst).
- Avancement mandibulaire titrable au millimètre, réglé progressivement selon la tolérance et l’efficacité.
- Matériaux : PMMA thermopolymérisé ou résine imprimée 3D + pièces métalliques.
- Rétention précise : pas de déplacement nocturne, pas de blessure muqueuse.
OAM pharmacie (« boil-and-bite ») :
- Avancement fixe, non titrable.
- Ajustement grossier, rétention médiocre.
- Utile en test de tolérance (certains médecins du sommeil prescrivent un modèle préfabriqué avant l’OAM définitive), mais non recommandée en traitement de fond par les guidelines AASM.
- Risque d’échec par mauvaise rétention, ce qui fait à tort conclure à une « OAM inefficace ».
Effets secondaires et précautions
L’OAM est globalement bien tolérée, mais certains effets secondaires sont documentés et à connaître avant de se lancer.
Fréquents (premières semaines, régressent) :
- Hypersalivation ou bouche sèche nocturne.
- Sensibilité dentaire au réveil.
- Légère tension masticatrice matinale (muscles mobilisés pendant la nuit).
Possibles à long terme :
- Modification de l’occlusion : environ 10-15 % des porteurs long terme présentent une légère rétro-alvéolie antérieure supérieure ou une protrusion mandibulaire mesurable après 2-5 ans. C’est la complication principale à surveiller.
- Gêne articulaire ATM — à dépister avant prescription ; voir notre page trouble de l’ATM.
- Mobilité dentaire transitoire.
Contre-indications majeures :
- Édentement postérieur étendu (pas assez de dents pour la rétention) → discussion implantaire préalable.
- Parodontite active non traitée (parodontologie).
- Dysfonction ATM sévère.
- Allergie aux matériaux.
- Bruxisme sévère non contrôlé (risque d’usure rapide).
Un suivi annuel avec contrôle clinique, palpation ATM et imagerie d’occlusion est recommandé. Voir aussi notre guide post-opératoire dentaire et le protocole hygiène après chirurgie pour les consignes d’entretien transposables.
Coût en Suisse et prise en charge
Fourchettes 2026 en Suisse romande :
- OAM sur mesure titrable (type Herbst, SomnoDent, Narval) : 1 500 à 2 800 CHF.
- Inclut : consultation, empreintes optiques, laboratoire, pose, 2-3 séances de titration, suivi à 3-6 mois.
- OAM préfabriquée (test) : 200 à 500 CHF — pas de valeur thérapeutique à long terme.
Remboursement :
- LAMal : pas de remboursement systématique. Prise en charge possible dans le cadre d’un traitement de SAOS documenté par polysomnographie et prescrit par un médecin du sommeil, sous conditions strictes.
- Complémentaires dentaires : remboursement partiel possible selon le contrat. À vérifier avant la commande.
L’OAM ne se passe pas toutes seules : le parcours complet
Chez Névé, nous ne prescrivons pas une OAM sans un circuit complet. Voici ce que nous recommandons à nos patients qui nous consultent pour ronflement :
- Consultation dentaire initiale : examen des dents (rétention possible ?), évaluation ATM, palpation musculaire, bilan d’usure. Si bruxisme sévère associé, il peut nécessiter une gouttière en parallèle.
- Adressage médical : vers un médecin du sommeil ou ORL, pour polygraphie ventilatoire ou polysomnographie à domicile.
- Retour au cabinet avec diagnostic : AHI connu, sévérité établie, recommandation claire (OAM seule, OAM post-PPC, ou PPC d’emblée).
- Fabrication OAM : empreintes numériques, enregistrement de la relation mandibulaire en propulsion contrôlée (50-70 % de la propulsion maximale du patient).
- Pose et titration progressive : avancement réglé semaine par semaine jusqu’à disparition du ronflement rapporté, ou à la limite de tolérance.
- Contrôle d’efficacité : polygraphie de contrôle sous OAM à 3-6 mois. Si l’AHI n’a pas baissé d’au moins 50 % ou si les symptômes persistent, réévaluation.
Vous ronflez ou votre conjoint suspecte des apnées ? Nos dentistes à Plainpalais, Pont-Rouge et Nations réalisent l’évaluation dentaire initiale et collaborent avec les médecins du sommeil genevois. Prenez rendez-vous en ligne.
FAQ — OAM et ronflement
Une OAM peut-elle soigner toutes les apnées du sommeil ?
Non. Les guidelines AASM/AADSM positionnent l’OAM comme première intention pour le SAOS léger à modéré et comme option de deuxième ligne pour le SAOS sévère en cas d’intolérance à la PPC. L’efficacité décroît avec la sévérité de l’AHI.
Combien de temps avant de voir un effet ?
Le ronflement diminue souvent dès les premières nuits dans les cas mécaniques simples. Pour l’AHI, il faut compter 6 à 12 semaines de titration (augmentation progressive de l’avancement) avant d’atteindre le réglage optimal. Une polygraphie de contrôle est réalisée après stabilisation.
Puis-je acheter une OAM en ligne ou en pharmacie ?
Techniquement oui, mais ce n’est pas recommandé pour un traitement thérapeutique. Les modèles non ajustables vendus sans diagnostic présentent trois risques : faux sentiment de sécurité (un ronflement supprimé mais des apnées résiduelles non traitées reste un danger cardiovasculaire), inefficacité par mauvaise rétention, effets secondaires non surveillés. Pour un test temporaire avant décision, un OAM préfabriqué prescrit par un médecin du sommeil peut être envisagé.
Faut-il porter l’OAM toutes les nuits ?
Oui. L’efficacité thérapeutique dépend du port régulier. Les études de suivi à 5 ans montrent une adhésion moyenne élevée chez les répondeurs — comparable ou supérieure à la PPC (Vecchierini MF et al., ORCADES study 5-year follow-up, JCSM 2021). Un port intermittent est moins efficace et peut laisser passer des apnées non traitées.
PPC ou OAM : comment choisir ?
La PPC est plus efficace par nuit (réduction d’AHI quasi complète quand portée correctement). L’OAM est moins efficace par nuit mais a une meilleure observance sur la durée. Pour un SAOS léger à modéré, le résultat clinique global est souvent comparable. Le choix dépend de la sévérité, de la tolérance du patient (certains vivent mal le masque), de l’anatomie bucco-dentaire et des préférences.
L’OAM change-t-elle ma mâchoire à long terme ?
Des modifications occlusales mineures (quelques dixièmes de millimètre) sont documentées chez 10-15 % des porteurs long terme. Un suivi annuel avec contrôle occlusal permet de les détecter tôt et d’adapter. Chez un patient jeune avec ATM saine, le bénéfice dépasse largement le risque dans les indications correctes.
Pour aller plus loin
L’OAM est un bel exemple de dispositif où le dentiste a un rôle thérapeutique direct, mais toujours dans un circuit médical complet. Prescrire une orthèse d’avancée mandibulaire sans diagnostic du sommeil, c’est soigner un symptôme (le ronflement) sans vérifier s’il cache une pathologie plus sérieuse.
Si vous êtes concerné, nos dentistes à Plainpalais, Pont-Rouge et Nations peuvent commencer l’évaluation dentaire et vous orienter vers les bons confrères. Contactez-nous.
Sources clés citées :
- Ramar K. et al., Clinical Practice Guideline for the Treatment of Obstructive Sleep Apnea and Snoring with Oral Appliance Therapy: An Update for 2015 — AASM/AADSM (lien)
- Efficacy of Mandibular Advancement Devices in the Treatment of Mild to Moderate OSA: A Systematic Review, MDPI, 2024 (lien)
- Vecchierini MF. et al., ORCADES study 5-year follow-up: mandibular advancement device in OSA, Journal of Clinical Sleep Medicine, 2021 (lien)
- American Dental Association — Oral Appliances for Sleep-Related Breathing Disorders (lien)
- Société suisse des médecins-dentistes — sso.ch

