Archive d’étiquettes pour : gingivite

La gingivite touche jusqu’à 90 % des adultes à un moment de leur vie (Periodontal Disease, StatPearls NIH, 2024). La plupart du temps, elle passe inaperçue — un peu de sang au brossage, une gencive plus rouge — et elle se règle en 10 à 14 jours avec le bon protocole. Mais quand on l’ignore, elle évolue vers la parodontite, qui elle ne recule plus. En tant qu’équipe de Névé Clinique dentaire à Genève, nous voyons chaque semaine les deux versants du problème. Ce guide explique comment reconnaître la gingivite, la traiter chez vous, et savoir quand elle bascule dans quelque chose de plus sérieux.

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Key Takeaways
– La gingivite est 100 % réversible avec une hygiène correcte — la parodontite, non (StatPearls, 2024).
– Le diagnostic différentiel tient à une seule mesure : la perte d’attache clinique. Gingivite = 0 mm. Parodontite = ≥ 2 mm à ≥ 2 sites non adjacents (AAP/EFP Classification 2018).
– Le protocole à domicile (2 semaines, brossage + interdentaires) résout la majorité des gingivites simples. Au-delà, détartrage professionnel obligatoire.
– L’EFP publie depuis 2020 une stratégie en 4 étapes pour la parodontite stade I à III (EFP S3 Guideline, 2020) — c’est la référence en Europe et en Suisse.

Qu’est-ce que la gingivite et comment la reconnaître ?

La gingivite est une inflammation réversible de la gencive marginale, causée par l’accumulation de plaque bactérienne sur la ligne gingivale. Elle concerne la gencive uniquement — os, ligament et cément sont intacts. C’est ce qui la distingue radicalement de la parodontite.

Quatre signes cliniques la définissent :

  • Saignement au brossage ou au fil dentaire (le plus précoce, souvent le seul au début).
  • Rougeur de la gencive marginale, qui perd son aspect rose corail habituel.
  • Gonflement léger, qui arrondit le feston gingival.
  • Halitose occasionnelle liée à la charge bactérienne.

Pas de douleur spontanée, pas de mobilité dentaire, pas de récession. Si vous ressentez l’un de ces trois derniers signes, ce n’est plus une gingivite — c’est une parodontite ou une complication à faire évaluer.

Notre lecture en cabinet : la gingivite « silencieuse » existe et trompe beaucoup de patients. Certains profils — fumeurs notamment — saignent peu ou pas du tout malgré une inflammation active, parce que la nicotine contracte les micro-vaisseaux. Chez un fumeur, l’absence de saignement n’est pas un gage de bonne santé gingivale.

Gingivite ou parodontite : comment les distinguer ?

La confusion entre les deux maladies est la source n°1 d’erreurs de prise en charge. Voici le critère qui tranche :

Critère Gingivite Parodontite
Perte d’attache clinique 0 mm ≥ 2 mm à ≥ 2 sites non adjacents
Perte osseuse radiographique Aucune Présente (horizontale ou verticale)
Récession gingivale Non Souvent
Mobilité dentaire Non Possible (stades avancés)
Réversibilité Totale Non, stabilisation seulement
Prévalence adultes ~90 % ~40-50 % forme modérée à sévère

Source : Tonetti et al., Classification AAP/EFP 2018, Journal of Periodontology

La classification AAP/EFP 2018 — référence mondiale utilisée par nos parodontistes — stadifie la parodontite en stades I à IV (sévérité, du plus léger au plus avancé) et grades A à C (rythme de progression, du plus lent au plus rapide). Un grade C correspond typiquement à un patient fumeur de plus de 10 cigarettes/jour ou diabétique mal équilibré (dentalcare.com, AAP/EFP 2018).

Si vous n’êtes pas sûr de votre diagnostic, seul un sondage parodontal (mesure à la sonde millimétrée des poches gingivales) et une radiographie rétro-alvéolaire tranchent. C’est l’examen que nous pratiquons systématiquement en consultation à notre service de parodontologie.

Protocole à domicile : 14 jours pour inverser une gingivite

Une gingivite simple, sans complication et sans signe de parodontite, répond dans la très grande majorité des cas à un protocole à domicile rigoureux. Voici ce que nous prescrivons à Névé, directement inspiré des recommandations EFP de prévention primaire.

Jour 0 à 7 : relancer le contrôle de plaque

  1. Brossage 2 × 2 min, technique de Bass modifiée (45°, petits mouvements vibratoires vers la couronne). Une brosse électrique réduit la plaque de 21 % de plus qu’une manuelle après 3 mois (Cochrane, Yaacob 2014). Poils souples obligatoires — la gencive inflammée ne tolère pas un poil dur.
  2. Nettoyage interdentaire quotidien. 40 % des surfaces dentaires ne sont accessibles qu’ainsi. Fil ou brossettes selon l’anatomie (voir notre guide fil dentaire vs jet dentaire).
  3. Dentifrice fluoré standard (1450 ppm). Pas de « blanchissant », pas d’abrasif ajouté — ils agressent la gencive déjà irritée.

Jour 7 à 14 : contrôle et renforcement

Le saignement doit diminuer visiblement dès J5-J7. S’il persiste à J14 avec le même protocole, passez à la case « consultation ».

Un bain de bouche à la chlorhexidine 0,12 % peut être ajouté 7 à 10 jours maximum, et uniquement si votre dentiste le prescrit. Au-delà, il colore les dents et déséquilibre la flore buccale (voir quand utiliser un bain de bouche antiseptique).

Cas particuliers : quand le protocole domicile ne suffit pas

Trois situations nécessitent une prise en charge immédiate, même pour une gingivite :

Traitement en cabinet : le détartrage professionnel

Quand la gingivite est installée depuis des semaines ou des mois, du tartre s’est minéralisé sur les collets et sous la gencive. À ce stade, aucune brosse ne peut l’éliminer — seule une intervention professionnelle le retire.

Détartrage sus-gingival + polissage

C’est l’acte de base, réalisé par notre équipe d’hygiénistes ES. Ultrasons pour fragmenter le tartre, curettes pour les zones inaccessibles, pâte à polir pour lisser les surfaces et ralentir la ré-accumulation. Une séance suffit pour une gingivite typique — durée moyenne 45 à 60 minutes. Les bénéfices sur l’inflammation gingivale sont bien documentés dans le cadre du traitement parodontal en étapes (Sanz M et al., EFP S3 Level Clinical Practice Guideline Stage I-III, J Clin Periodontol 2020).

Démonstration de brossage individualisée

C’est la partie que les patients négligent — et c’est pourtant celle qui détermine si la gingivite reviendra ou non. Nos hygiénistes utilisent un révélateur de plaque pour vous montrer en direct où votre technique échoue (généralement : face linguale des incisives inférieures, faces distales des molaires). Voir aussi notre focus sur la plaque dentaire.

Fréquence de suivi

Patient sain après résolution : 1 détartrage tous les 6 à 12 mois (recommandations SSO). Antécédent de parodontite : tous les 3 à 4 mois, dans le cadre d’une maintenance parodontale.

Progression gingivite → parodontite (perte d’attache, mm) 0 mm Gingivite 1-2 mm Stade I 3-4 mm Stade II ≥ 5 mm Stade III-IV
Source : classification AAP/EFP 2018 (Tonetti, Greenwell, Kornman) — Journal of Periodontology.

Et si c’est déjà une parodontite ? Les 4 étapes EFP

Quand le sondage révèle des poches ≥ 4 mm avec saignement et/ou une perte osseuse radiographique, on n’est plus dans la gingivite. Le protocole change.

L’EFP (European Federation of Periodontology) publie depuis 2020 la première guideline de niveau S3 (le plus élevé en médecine fondée sur les preuves) pour le traitement de la parodontite stades I à III. Elle structure le traitement en 4 étapes séquentielles (Sanz et al., J Clin Periodontol, 2020) :

  1. Étape 1 — Contrôle des facteurs de risque. Hygiène personnelle, arrêt tabac, équilibre du diabète, détartrage supragingival. C’est la base sans laquelle rien n’est pérenne.
  2. Étape 2 — Thérapie cause-related (instrumentation sous-gingivale). Surfaçage radiculaire ultrasonique ± instruments manuels, parfois avec adjuvants (antiseptiques sous-gingivaux, rarement antibiotiques systémiques). Réalisé par nos parodontistes et hygiénistes spécialisés dans notre protocole de traitement parodontal non chirurgical.
  3. Étape 3 — Thérapie des sites non répondeurs. Si des poches ≥ 4 mm persistent avec saignement après l’étape 2 (réévaluation à 3 mois), on discute chirurgie parodontale : lambeau d’assainissement, régénération, chirurgie résective.
  4. Étape 4 — Maintenance parodontale. À vie, 3-4 mois entre les rendez-vous, c’est ce qui fait la différence entre stabilisation réelle et rechute inévitable. Voir notre page maintenance parodontale.

Facteurs qui accélèrent ou ralentissent la guérison

Nos parodontistes voient quotidiennement pourquoi deux patients avec la même gingivite de départ évoluent différemment. Les variables qui pèsent vraiment :

  • Tabac. Divise par 2 environ la réponse au traitement non chirurgical et passe automatiquement un grade A en grade C. Pour un fumeur, l’arrêt est le geste thérapeutique à plus fort impact.
  • Diabète déséquilibré (HbA1c > 7 %). Entretient l’inflammation et retarde la cicatrisation. La prise en charge conjointe médecin traitant + dentiste est indispensable.
  • Stress chronique et sommeil. Modulent la réponse immunitaire. Ce n’est pas un mythe de magazine — c’est documenté dans la littérature parodontale.
  • Médicaments. Certains antihypertenseurs (nifédipine), anticonvulsivants (phénytoïne) et immunosuppresseurs (ciclosporine) provoquent des hypertrophies gingivales qui miment ou aggravent la gingivite.
  • Génétique. Les formes rapides de parodontite (ex-« agressive », aujourd’hui grade C) ont une composante familiale forte. Antécédents parents/fratrie = surveillance rapprochée.

Quand consulter sans attendre ?

Quatre drapeaux rouges qui imposent un rendez-vous dans les 48-72 h, pas un protocole domicile :

  1. Douleur spontanée (non liée au brossage) avec gencive rouge vif et gonflée — évoque un abcès parodontal.
  2. Mauvais goût persistant ou écoulement de pus entre dent et gencive.
  3. Mobilité dentaire apparue récemment.
  4. Ulcérations gingivales avec halitose marquée et douleur — possible GUN (gingivite ulcéro-nécrotique), rare mais urgent.

Pour tous les autres cas, une consultation sous 1 à 2 semaines suffit si le protocole domicile n’a rien donné à J14.

FAQ — traitement de la gingivite

Combien de temps met une gingivite à guérir ?

10 à 14 jours avec un protocole hygiène correct sur une gingivite simple. Le saignement diminue dès J5-J7 et disparaît à J14. Si rien n’a bougé à 2 semaines, du tartre sous-gingival bloque la cicatrisation — il faut un détartrage professionnel.

Peut-on soigner une gingivite sans aller chez le dentiste ?

Oui, si elle est prise tôt et sans complication. Brossage adapté 2 × 2 min + nettoyage interdentaire quotidien + dentifrice fluoré = protocole validé. En revanche, dès qu’il y a du tartre visible, des poches profondes ou des signes de parodontite, l’intervention professionnelle devient non négociable.

Le bain de bouche suffit-il à traiter une gingivite ?

Non. Un antiseptique seul masque le saignement sans éliminer la plaque. La chlorhexidine 0,12 % peut accompagner le brossage pendant 7-10 jours en cas d’inflammation marquée, jamais le remplacer. Au-delà, effets secondaires (coloration, dysbiose).

Gingivite et grossesse : que faire ?

La gingivite gravidique touche 30 à 70 % des femmes enceintes. Le protocole est identique (hygiène douce + détartrage si besoin au 2ème trimestre), sans chlorhexidine systématique. Détails dans notre guide gingivite de grossesse.

La gingivite peut-elle revenir après traitement ?

Oui, si le contrôle de plaque retombe. C’est une maladie à « porte tournante » : elle réapparaît en 14 à 21 jours dès que l’hygiène fléchit (expérience classique de experimental gingivitis de Löe, 1965 — base de toute la parodontologie moderne). La maintenance régulière tous les 6-12 mois est donc essentielle.

Quelle différence entre gingivite et parodontite en termes de traitement ?

Gingivite = hygiène + détartrage supragingival = guérison complète. Parodontite = protocole EFP en 4 étapes incluant instrumentation sous-gingivale, parfois chirurgie, et maintenance à vie. La parodontite ne guérit pas, elle se stabilise.

Pour aller plus loin

La gingivite est le stade où vous avez encore toutes les cartes en main : une inflammation réversible, sans séquelle osseuse, qui répond en deux semaines à un protocole simple. Laissée sans traitement, elle glisse chez 10 à 15 % des patients vers la parodontite — et là, on ne revient plus en arrière.

Si vos gencives saignent depuis plus de 15 jours, si vous n’êtes pas sûr de distinguer gingivite et parodontite, ou si vous avez des antécédents familiaux : nos parodontistes à Névé (Dr Sylvain Mouraret, Dr Paul Monneyron, Dr Spyridon Bobetsis) et nos hygiénistes ES reçoivent dans nos trois cabinets — Plainpalais, Pont-Rouge et Nations — pour un bilan parodontal complet avec sondage, photos et radiographies. Prenez rendez-vous en ligne ou consultez notre page dédiée parodontologie.


Sources clés citées :

  • Tonetti M., Greenwell H., Kornman K., Staging and grading of periodontitis: Framework and proposal of a new classification and case definition, Journal of Periodontology, 2018 (lien)
  • Sanz M. et al., Treatment of stage I-III periodontitis — The EFP S3 level clinical practice guideline, Journal of Clinical Periodontology, 2020 (lien)
  • Herrera D. et al., Treatment of stage IV periodontitis: The EFP S3 level clinical practice guideline, 2022 (lien)
  • Jenkins W.M. et al., The effects of scaling and root planing plus home oral hygiene maintenance in Stage I/II periodontitis, International Journal of Dental Hygiene, 2024 (lien)
  • Periodontal Disease — StatPearls, NCBI Bookshelf, 2024 (lien)
  • Société suisse des médecins-dentistes (SSO) — recommandations parodontologie

Le fil dentaire a mauvaise réputation — trop compliqué, saignements, impression de ne servir à rien. Nos hygiénistes ES le constatent chaque semaine : sur dix patients qui disent « passer le fil », trois seulement le font correctement. Et c’est précisément la technique qui distingue un geste utile d’un geste décoratif. Ce guide reprend la méthode que nous enseignons au fauteuil, les six erreurs les plus fréquentes, et les alternatives légitimes quand le fil ne vous convient vraiment pas.

Key Takeaways
– L’ajout du fil ou d’un autre outil interdentaire au brossage réduit la gingivite sur le court terme (Cochrane 2019, Worthington et al.).
– Les brossettes interdentaires font mieux que le fil quand les espaces le permettent (Cochrane 2019).
– La brosse à dents ne nettoie qu’environ 60 % des surfaces dentaires — les faces interdentaires restent inaccessibles sans outil complémentaire.
– La technique (angulation, amplitude, dent par dent) compte plus que la marque de fil choisie.

Le fil dentaire est-il vraiment utile ?

Oui, avec une nuance de taille : la revue Cochrane de référence conclut que l’ajout du fil au brossage réduit la gingivite à court terme, mais la certitude de la preuve reste faible et l’effet sur la carie interproximale n’est pas établi (Cochrane 2019). Les auteurs ont synthétisé 35 études sur 3 929 adultes — c’est la meilleure base dont on dispose.

Autrement dit : un fil mal manié apporte peu. Un fil bien manié apporte un bénéfice modeste mais réel sur l’inflammation gingivale. Et surtout, la méta-analyse compare des outils entre eux — pas contre le non-usage. Chez un patient qui n’a jamais rien fait entre les dents, passer à un nettoyage interdentaire quotidien change nettement les choses en quelques semaines.

Cette inflammation latente est le terrain de la plaque dentaire qui, non maîtrisée, alimente tartre et gingivite.

Quel fil dentaire choisir ?

Le bon fil dépend de l’anatomie de vos espaces interdentaires, pas du packaging. Trois grandes familles dominent : ciré, non ciré, et ruban (floss tape). Un fil PTFE (type Glide) glisse mieux entre des dents serrées ; un fil multi-filament traditionnel « accroche » plus la plaque mais peut s’effilocher.

Fil ciré (PTFE ou nylon ciré)

Glisse facilement entre des contacts étroits sans se déchirer. C’est le premier choix quand vos dents sont serrées ou si vous avez des composites au niveau des faces proximales.

Fil non ciré

Plus fin sec, il « gonfle » au contact de la salive et nettoie par friction accrue. Intéressant quand les espaces sont normaux et que vous avez la main sûre.

Ruban dentaire (floss tape)

Plat et plus large. Confortable, efficace sur les faces linguales des incisives inférieures souvent difficiles.

Fil super floss / fil d’enfilage

Un bout rigide + une section spongieuse + du fil classique. Indispensable sous bridges, couronnes solidarisées et appareils orthodontiques fixes.

La technique pas à pas (celle qu’on enseigne en cabinet)

Un geste efficace prend environ deux minutes par soir et suit six étapes précises. L’angulation du fil et le contact glissé le long de chaque surface dentaire comptent davantage que la force exercée — c’est ce qui distingue un geste efficace d’un geste symbolique. À noter : une étude 2025 rappelle que même avec une technique correcte, le fil seul a un effet modeste sur la plaque mesurable (Does proper flossing performance translate into effective plaque removal?, Clinical Oral Investigations, 2025) — raison pour laquelle nous recommandons presque toujours le fil combiné au brossage et aux brossettes interdentaires, pas en isolation.

  1. Coupez ~45 cm de fil. Enroulez autour des majeurs, gardez 3-4 cm tendus entre les index et pouces.
  2. Glissez — ne sciez pas. Introduisez le fil entre deux dents avec un mouvement d’avant en arrière doux. Passer le point de contact en « sciant » avec force écrase la papille gingivale.
  3. Formez un « C » autour de la dent. Une fois sous le point de contact, courbez le fil contre la face proximale de la première dent pour embrasser sa courbure.
  4. Remontez sur 2-3 mm. Glissez légèrement sous la gencive (1-2 mm dans le sulcus), puis ramenez vers le haut en gardant le fil plaqué contre l’émail.
  5. Changez de face. Courbez le fil dans l’autre sens pour la dent voisine. Un espace = deux nettoyages.
  6. Déroulez une portion neuve tous les 3-4 espaces pour ne pas transférer la plaque d’une zone à l’autre.

Citation capsule : Le fil dentaire ne « décroche » pas la plaque par la force mais par le contact glissé le long de l’émail. L’angulation en C autour de chaque dent est ce qui distingue un geste efficace d’un geste symbolique. Nos hygiénistes passent en moyenne deux à trois minutes à corriger la technique au premier rendez-vous.

Les 6 erreurs qu’on observe le plus souvent

Sur des années de consultations d’hygiène à Névé, les mêmes écueils reviennent. Les voici, dans l’ordre de fréquence.

  1. « Scier » avec le fil. Lésion gingivale en coin typique, visible comme une fente fine entre deux dents. Glissez toujours, ne sciez jamais.
  2. Oublier la face « arrière ». Chaque espace nécessite deux gestes : un « C » contre une dent, puis un « C » contre l’autre. Beaucoup ne font qu’un passage.
  3. Ne pas descendre dans le sulcus. Le fil doit aller 1-2 mm sous la gencive pour atteindre la zone où la plaque provoque vraiment l’inflammation.
  4. Arrêter parce que « ça saigne ». Le saignement initial est un signe de gingivite installée — il diminue en une à deux semaines de passages réguliers. Voir notre guide sur le saignement des gencives au brossage.
  5. Passer le fil sur les seuls espaces visibles. Les zones postérieures (2e et 3e molaires) accumulent le plus de plaque et sont les plus souvent oubliées.
  6. Passer le fil le matin, en vitesse, à la place du soir. Le nettoyage interdentaire doit précéder le dernier brossage de la journée, pour réduire la charge bactérienne avant la longue période nocturne.

Fil, brossettes ou hydropulseur : que choisir selon votre bouche ?

Les brossettes interdentaires font mieux que le fil sur le contrôle de plaque quand l’espace le permet, selon la Cochrane 2019. La décision n’est donc pas « fil vs rien » mais « quel outil pour quel espace ».

Dents serrées (pas d’espace visible entre les dents)

Fil — souvent ciré/PTFE. C’est le seul outil qui passe.

Espaces visibles, triangle noir, récession gingivale

Brossettes interdentaires (Curaprox CPS, TePe) de taille adaptée. Une taille par zone — vos hygiénistes peuvent calibrer à chaque espace lors d’une séance d’hygiène.

Bridges, implants, orthodontie fixe

Jet dentaire (hydropulseur). Autour des implants, l’irrigation a montré une réduction de 81,8 % du saignement au sondage contre 33,35 % pour le fil (BDJ Open 2025). Voir notre guide jet dentaire pour le détail.

Poignet douloureux, dextérité réduite

Porte-fil ou jet. Le fil classique demande de la coordination bimanuelle qui devient vite pénible en cas d’arthrose.

Comment s’intégrer au reste de l’hygiène ?

L’hygiène interdentaire se glisse dans une routine complète : interdentaire avant le dernier brossage, dentifrice fluoré, et — selon les cas — bain de bouche ponctuel. Le nettoyage interdentaire sans fluor ne prévient pas la carie.

Nous résumons souvent la routine idéale en cabinet :

  • Matin : brosse à dents électrique 2 minutes + dentifrice fluoré.
  • Soir : fil ou brossettes → brossage 2 minutes → ne pas rincer à grande eau (laisser le fluor agir).
  • Ponctuel : bain de bouche antiseptique sur prescription uniquement, jamais en routine quotidienne.

Pas de fluor = pas de protection carie. Nous expliquons pourquoi dans notre analyse du dentifrice sans fluor.

Quand consulter un hygiéniste ?

Nos hygiénistes dentaires ES à Névé voient régulièrement des patients convaincus de bien passer le fil qui accumulent malgré tout du tartre sur les faces linguales des incisives inférieures — la zone la plus souvent négligée, même avec un fil en main. Une séance de démonstration personnalisée dure 30 à 45 minutes et corrige durablement la technique. La Société suisse des médecins-dentistes (SSO) recommande un bilan d’hygiène tous les 6 à 12 mois pour une bouche saine, plus fréquent en cas de parodontite, diabète ou orthodontie en cours.

FAQ — fil dentaire

Le fil dentaire fait-il saigner les gencives ?

Oui, au début, si vous ne le passiez pas avant. Le saignement traduit une gingivite installée — pas une lésion causée par le fil. En 7 à 14 jours de passages quotidiens, l’inflammation diminue et les saignements cessent. S’ils persistent au-delà de 3 semaines, consultez un professionnel : le problème n’est pas le fil mais une gingivite chronique ou une parodontite débutante.

À quelle fréquence faut-il passer le fil ?

Une fois par jour, idéalement le soir, avant le brossage. La plaque bactérienne met 24 à 48 heures à se minéraliser en tartre — un passage quotidien interrompt ce cycle. Deux passages par jour n’apportent pas de bénéfice supplémentaire documenté et peuvent irriter les gencives sensibles.

Peut-on remplacer le fil par un jet dentaire ?

Pour la plupart des bouches saines, non — pas complètement. Le jet est très efficace autour des implants, bridges et orthodontie, mais pour les contacts dentaires serrés, le fil reste mécaniquement supérieur pour décrocher le biofilm dense. La meilleure combinaison pour un patient à risque parodontal : fil ou brossettes + jet pour les zones inaccessibles.

Le fil dentaire peut-il créer un espace entre les dents ?

Non. Un fil passé correctement (glissé, pas scié) ne crée aucun écartement. L’impression de « desserrement » que décrivent certains patients vient de la disparition d’un bourrelet gingival enflammé qui comblait artificiellement l’espace. La dent est au même endroit — c’est la gencive qui a dégonflé.

Comment passer le fil avec un appareil d’orthodontie ?

Utilisez un fil d’enfilage (superfloss ou threader) qui permet de passer sous l’arc, ou — beaucoup plus simple — un hydropulseur. En orthodontie multi-attaches, la combinaison brossette orthodontique + jet dentaire est le standard actuel. Le fil classique est presque impossible à manier autour des brackets.

Le fil dentaire prévient-il la carie entre les dents ?

La Cochrane 2019 n’a pas pu démontrer un effet significatif du fil seul sur la carie interproximale (Cochrane 2019) — la base de preuves est faible. En pratique, c’est la combinaison fil + dentifrice fluoré + contrôle de plaque qui fait la différence. Le fil seul, sans fluor, est insuffisant.

Pour aller plus loin

Le fil dentaire n’est pas un rituel symbolique : c’est une compétence motrice qui se corrige en quelques minutes avec un œil professionnel. Si vous hésitez sur la technique, si vos gencives saignent malgré un passage quotidien, ou si vos espaces interdentaires ont changé, un bilan d’hygiène vaut un long discours.

Nos hygiénistes ES reçoivent à Plainpalais, Pont-Rouge et Nations pour une démonstration personnalisée et un détartrage professionnel. Prenez rendez-vous en ligne ou découvrez notre page hygiéniste dentaire.


Sources clés citées :

  • Worthington H.V. et al., Home use of interdental cleaning devices, in addition to toothbrushing, for preventing and controlling periodontal diseases and dental caries, Cochrane Database, 2019 (lien)
  • Ng E. et al., Efficacy of oral irrigators compared to other interdental aids, BDJ Open, 2025 (lien)
  • Does proper flossing performance translate into effective plaque removal?, Clinical Oral Investigations, 2025 (lien)
  • Société suisse des médecins-dentistes (SSO) — sso.ch