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« Une radio chez le dentiste, est-ce que ça peut faire du mal au bébé ? » C’est l’une des inquiétudes les plus fortes en consultation prénatale, et elle conduit régulièrement à reporter des soins urgents par crainte d’irradier le fœtus. La réalité physique est rassurante : une rétro-alvéolaire dentaire avec tablier plombé délivre 500 000 fois moins que le seuil de risque tératogène reconnu. Cela ne veut pas dire qu’on multiplie les radios pour autant. À Névé Clinique dentaire (Plainpalais, Pont-Rouge, Nations), voici notre lecture clinique des recommandations ACR, ACOG et SSO en vigueur.

Key Takeaways
– Une radio rétro-alvéolaire avec tablier plombé délivre une dose fœtale de l’ordre de 0,0001 mSv — moins qu’un trajet en avion (American College of Radiology, ACR Practice Parameter, 2023).
– Le seuil de risque tératogène reconnu pour le fœtus est de 50 mSv cumulés — soit l’équivalent de 500 000 rétro-alvéolaires.
– Principe ALARA : on évite tout bilan de routine, on reporte la panoramique non urgente, on utilise le tablier plombé + collier thyroïde systématiquement.
– Le CBCT (cone beam) délivre une dose plus élevée : à éviter en grossesse sauf indication absolue (planification implantaire d’urgence, fracture).

Quelle dose pour chaque type de radiographie dentaire ?

Toutes les radios dentaires ne se valent pas en termes d’irradiation. Voici les valeurs de référence en 2026 (variables selon les appareils, ces ordres de grandeur sont issus des données ACR et SFPM).

Examen Dose effective (mSv) Équivalent en jours d’irradiation naturelle
Rétro-alvéolaire (1 cliché) 0,005 < 1 jour
Bite-wing (2 clichés) 0,008 1 jour
Panoramique dentaire 0,02 2-3 jours
Cone beam (CBCT) localisé 0,05 – 0,2 1-3 semaines
CBCT large champ 0,2 – 1 1-4 mois

À titre de comparaison, l’irradiation naturelle moyenne est de 2,4 mSv/an dans le monde, et un vol Paris-New York expose à environ 0,05 mSv. Le seuil de risque tératogène fœtal est de 50 mSv cumulés.

Avec un tablier plombé et un collier thyroïde, la dose qui atteint réellement l’utérus est encore inférieure à la dose effective indiquée — typiquement divisée par 100 ou plus pour une radio dentaire (le faisceau est focalisé sur la mâchoire, à plus d’un mètre de l’utérus).

Notre lecture en cabinet : le risque réel d’une rétro-alvéolaire chez une femme enceinte avec tablier plombé est indistinguable de zéro. Refuser une radio nécessaire au diagnostic d’un abcès ou d’une carie profonde expose à un risque infectieux bien plus grand.

Pourquoi le tablier plombé et le collier thyroïde sont obligatoires

Deux protections complémentaires sont systématiquement utilisées chez la femme enceinte :

  • Tablier plombé (équivalent 0,25 à 0,5 mm de plomb) : couvre l’abdomen, le pelvis et les gonades. Il bloque plus de 99,9 % du rayonnement diffusé vers l’utérus.
  • Collier thyroïde : protège la thyroïde maternelle, particulièrement sensible aux radiations.

Ces deux éléments ne sont pas optionnels en grossesse — ils sont obligatoires selon les recommandations SSO, ACR et de l’OFSP suisse. Si votre dentiste ne les utilise pas, demandez-les avant l’examen.

Pour le détail des doses de chaque examen et les protections, voir notre article complet sur les types de radios dentaires et leurs doses.

Le principe ALARA : on irradie seulement si c’est utile

ALARA = As Low As Reasonably Achievable. C’est la règle d’or de la radioprotection, particulièrement appliquée en grossesse. Concrètement, dans notre pratique :

  • Pas de bilan radio de routine chez une patiente enceinte. Si vous venez pour un contrôle annuel sans symptôme, on diffère les radios jusqu’au post-partum.
  • Pas de panoramique non urgente au 1er trimestre (organogenèse).
  • Radio limitée au strict nécessaire : on demande une rétro-alvéolaire seulement si elle change le diagnostic ou le traitement (douleur localisée, suspicion de carie profonde, abcès).
  • Préférence pour la rétro-alvéolaire plutôt que la panoramique quand les deux sont possibles (dose 4 fois plus faible, champ plus restreint).

Pour le détail technique de notre service, voir notre page radiologie.

Quand une radio est-elle vraiment indispensable en grossesse ?

Plusieurs situations justifient une radio dentaire pendant la grossesse, malgré le réflexe de prudence :

1. Douleur dentaire aiguë non expliquée

Si une carie ou un abcès est suspecté mais non visible cliniquement, la radio est indispensable au diagnostic. Une infection dentaire non traitée pendant la grossesse est plus dangereuse qu’une rétro-alvéolaire bien protégée.

2. Abcès dentaire

Pour planifier le drainage et évaluer l’extension. Voir notre article sur la rage de dent.

3. Traumatisme dentaire après chute

Bilan d’extension, recherche de fracture radiculaire.

4. Péricoronarite sévère

Évaluation de la dent de sagesse incluse, indication ou non d’intervention urgente.

5. Suivi d’un traitement endodontique en cours

Quand l’arrêt du traitement présenterait un risque infectieux supérieur à celui de la radio.

Dans tous ces cas, la radio se fait avec tablier plombé + collier thyroïde, idéalement au 2e trimestre si la situation le permet.

Et le cone beam (CBCT) en grossesse ?

Le cone beam computed tomography (CBCT) est une radio 3D utilisée pour la planification implantaire, l’évaluation de fractures complexes ou de pathologies osseuses. Sa dose est 5 à 50 fois supérieure à une rétro-alvéolaire selon le champ.

En grossesse, le CBCT est :

  • À éviter pour les indications électives (planification implantaire programmable, bilan d’orthodontie). Reporter au post-partum.
  • Possible pour les indications absolues (fracture mandibulaire complexe, suspicion de pathologie osseuse grave) — toujours avec tablier plombé, champ le plus restreint possible, et après discussion bénéfice-risque avec le gynécologue.

Et si je ne savais pas que j’étais enceinte au moment de la radio ?

C’est une situation fréquente : une radio rétro-alvéolaire ou panoramique réalisée en début de grossesse, avant que celle-ci ne soit connue. Aucune indication d’inquiétude ni d’interruption de grossesse : la dose fœtale d’une radio dentaire (avec ou sans tablier) reste très inférieure au seuil de risque tératogène.

L’ACR est explicite sur ce point : aucune radio dentaire ne justifie une interruption de grossesse, même répétée. Signalez l’examen à votre gynécologue lors de la première consultation, mais sans inquiétude particulière.

Le rôle du dentiste : poser les bonnes questions

À tout âge fertile, nous demandons systématiquement avant une radio :

  • « Êtes-vous enceinte ou pensez-vous l’être ? »
  • « Date des dernières règles ? »
  • « Allaitez-vous ? » (la radio dentaire est sans risque pour l’allaitement, mais bon à savoir)

Si la patiente répond « peut-être », nous reportons la radio non urgente jusqu’à confirmation, ou nous faisons l’examen avec double tablier plombé par précaution.

Vous êtes enceinte et redoutez une radio dentaire ? N’hésitez pas à en parler avec votre dentiste — la décision se prend toujours au cas par cas. Prenez rendez-vous en ligne chez nos équipes formées à la prise en charge de la grossesse.

FAQ — radio dentaire et grossesse

Une radio dentaire peut-elle provoquer une fausse couche ?

Non. Aucune étude n’a démontré de lien entre les doses d’irradiation utilisées en radiologie dentaire (avec tablier plombé) et un risque de fausse couche, de malformation ou de prématurité. Le seuil de risque tératogène (50 mSv) est 500 000 fois supérieur à la dose d’une rétro-alvéolaire.

Quelle est la radio dentaire la plus sûre en grossesse ?

La rétro-alvéolaire (cliché unique d’une dent) avec tablier plombé et collier thyroïde — dose fœtale ~0,0001 mSv. La panoramique délivre 4 fois plus, et le CBCT 10 à 50 fois plus. Quand les deux options sont possibles, on choisit la rétro-alvéolaire.

Faut-il refaire un bilan radiologique après l’accouchement ?

Pour les radios qui auraient été reportées par précaution pendant la grossesse, oui — typiquement dans les 3 à 6 mois post-partum. Pour celles qui ont été faites en grossesse, non, sauf nouvelle symptomatologie.

Le cone beam (CBCT) est-il interdit en grossesse ?

Non, mais il est fortement déconseillé sauf indication absolue (fracture, pathologie osseuse grave). Sa dose plus élevée justifie de reporter toute indication élective (planification implantaire programmable, bilan ortho complet) jusqu’à l’accouchement.

J’ai eu une radio dentaire avant de savoir que j’étais enceinte. Est-ce grave ?

Non, dans la quasi-totalité des cas. Les doses dentaires sont si faibles qu’elles ne justifient ni inquiétude ni interruption de grossesse. Signalez simplement l’examen à votre gynécologue, sans alarme particulière.

L’allaitement est-il compatible avec une radio dentaire ?

Oui, sans aucune restriction. La radio n’a aucun effet sur le lait maternel — seul un produit de contraste injecté (rare en dentisterie) peut justifier une discussion spécifique.

Pour aller plus loin

La radio dentaire en grossesse est probablement la situation où l’écart entre la peur ressentie et le risque réel est le plus grand. La physique est claire : avec un tablier plombé, la dose qui atteint le fœtus est négligeable. Le vrai risque, c’est l’infection dentaire non diagnostiquée par refus de radio — qui justifie souvent ensuite des antibiotiques, une fièvre, parfois un drainage chirurgical.

Si vous êtes enceinte et que votre dentiste estime une radio nécessaire, demandez les protections (tablier + collier thyroïde) et faites-la sans inquiétude. À Névé Clinique dentaire (Plainpalais, Pont-Rouge, Nations), nos équipes appliquent systématiquement le principe ALARA pour toutes nos patientes enceintes.

Prenez rendez-vous en ligne — et voir aussi notre guide complet sur les soins dentaires pendant la grossesse.


Sources clés citées :

  • American College of Radiology, ACR Practice Parameter for Imaging Pregnant or Potentially Pregnant Patients with Ionizing Radiation, 2023 (lien)
  • ACOG Committee Opinion 723, Guidelines for Diagnostic Imaging During Pregnancy and Lactation, réaffirmée 2022
  • ADA Council on Scientific Affairs, Dental radiographic examinations: recommendations for patient selection and limiting radiation exposure, mise à jour 2023
  • OFSP / Société suisse des médecins-dentistes (SSO) — recommandations radioprotection

La radio dentaire inquiète souvent plus qu’elle ne devrait. Beaucoup de patients nous demandent chez Névé s’ils peuvent « refuser la radio » ou si c’est dangereux de répéter un cliché. En réalité, la dose d’une radiographie dentaire moderne est extraordinairement faible — on parle de doses inférieures à celles qu’on reçoit naturellement en quelques jours de vie à Genève. Mais toutes les radios ne se valent pas : un cone beam (CBCT) n’a rien à voir avec une petite rétro-alvéolaire. Voici la mise au point clinique, avec les chiffres sourcés ICRP, NCRP et AAOMR.

🎧 Écouter le résumé audio (1-2 min)

Key Takeaways
– Une rétro-alvéolaire numérique délivre environ 0,005 mSv — soit moins d’un jour d’exposition naturelle en Suisse (ICRP, Publication 103).
– Un vol Paris-New York expose à environ 0,08 mSv — 16 fois plus qu’une rétro-alvéolaire (données standard IAEA / rapports de radioprotection aéronautique).
– Un cone beam (CBCT) dentaire délivre 0,02 à 0,6 mSv selon le volume exposé — utile en implantologie ou endodontie complexe, pas pour un détartrage.
– La fréquence des bilans radio est adaptée au risque carieux individuel, pas au calendrier (ADA/FDA, 2012 guidelines réaffirmées AAOMR).
– En cabinet, nous appliquons le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) : tablier plombé quand pertinent, capteurs numériques, collimation rectangulaire.

Pourquoi fait-on une radio dentaire ?

Une radio révèle ce qui échappe à l’œil et à la sonde : caries sous un point de contact, abcès au bout d’une racine, kyste, dent incluse, niveau osseux en parodontologie, anatomie pré-implantaire. La Faculty of General Dental Practice (UK) dans ses Selection Criteria for Dental Radiography rappelle qu’une part significative des caries interproximales (entre les dents) n’est diagnostiquée qu’avec des clichés rétro-coronaires (bite-wing) — l’examen clinique seul sous-estime nettement leur prévalence. Autrement dit : sans radio adaptée, on passe à côté d’une partie du diagnostic.

Ce qui a changé ces 20 dernières années : le passage du film argentique au capteur numérique. Même cliché, dose divisée par 4 à 8 selon les systèmes. Les radios que nous prenons aujourd’hui dans nos cabinets de Plainpalais, Pont-Rouge et Nations n’ont plus rien à voir, en termes d’irradiation, avec celles des années 90 qu’un patient âgé peut avoir en tête.

Pour voir comment la radio s’intègre au reste de nos outils de diagnostic, lisez notre page dédiée — elle explique comment radio, caméra intra-orale et scanner intra-oral se complètent.

Les 3 types de radios dentaires : rétro, panoramique, cone beam

Rétro-alvéolaire et rétro-coronaire (bite-wing)

Le petit capteur qu’on glisse en bouche, derrière la dent. Il image 1 à 4 dents avec leurs racines (rétro-alvéolaire) ou les couronnes de plusieurs dents adjacentes (rétro-coronaire, pour dépister les caries interdentaires).

  • Dose effective : 0,001 à 0,008 mSv selon les systèmes et collimateurs (NCRP Report 184, 2019).
  • Indications : carie, abcès apical, granulome, bilan endodontique, contrôle post-obturation.
  • Durée : 1-2 secondes d’exposition, résultat immédiat à l’écran.

Panoramique dentaire (orthopantomogramme, OPG)

Le cliché « grande vue » qui tourne autour de la tête. On voit en une image les deux arcades complètes, les sinus maxillaires, les articulations temporo-mandibulaires, les canaux mandibulaires.

  • Dose effective : 0,009 à 0,024 mSv selon les appareils (Ludlow et al., JADA, 2008).
  • Indications : bilan global, dents de sagesse, orthodontie, traumatologie, suspicion de kyste.
  • À savoir : moins précise qu’une rétro sur une dent isolée — on combine souvent panoramique + rétros ciblées.

Cone beam CT (CBCT, scanner 3D dentaire)

C’est la grande évolution de la décennie : une imagerie 3D volumétrique qui reconstruit l’os en coupes millimétriques. Très différente d’un scanner médical classique (dose beaucoup plus faible, champ focalisé sur les mâchoires).

  • Dose effective : 0,02 à 0,6 mSv selon le volume (petit champ endodontie vs grand champ maxillo-facial) (SEDENTEXCT Guidelines, European Commission, 2012).
  • Indications : implantologie (planification 3D), endodontie complexe (canal manqué, résorption), chirurgie des dents de sagesse proches du nerf, kystes, traumatismes sévères.
  • Non indiqué pour : contrôle de routine, détartrage, dépistage simple de caries.

Notre lecture en cabinet : le CBCT est un outil remarquable — mais c’est le plus irradiant de la famille. Il ne doit être prescrit que s’il apporte une information impossible à obtenir autrement. Dans notre service de radiologie, chaque cone beam fait l’objet d’une justification écrite dans le dossier.

Doses comparées : une radio dentaire vs la vie quotidienne

C’est le point qui rassure le plus nos patients. Vous recevez en permanence un rayonnement de fond (cosmique, radon du sol, aliments, corps humain lui-même) qui atteint en Suisse environ 5,5 mSv par an en moyenne (OFSP, Rapport radioprotection 2023) — soit environ 0,015 mSv par jour.

Dose effective (mSv) — échelle logarithmique 0,005 Rétro-alvéolaire 0,015 Panoramique 0,08 Vol Paris-NY 0,15 CBCT (petit) 0,6 CBCT (large) 5,5 Fond annuel CH
Sources : NCRP Report 184 (2019), Ludlow JADA 2008, SEDENTEXCT 2012, OFSP rapport radioprotection 2023.

Quelques équivalences utiles à mémoriser :

  • Rétro-alvéolaire (0,005 mSv) = environ 8 heures de rayonnement de fond à Genève.
  • Panoramique (0,015 mSv) = environ 1 journée de rayonnement de fond.
  • Vol Paris-New York aller simple (0,08 mSv) = environ 16 rétro-alvéolaires.
  • CBCT petit champ endodontie (0,15 mSv) = environ 2 vols Paris-NY.
  • Scanner thoracique médical (7 mSv) = environ 1400 rétro-alvéolaires.

Le risque radio-induit additionnel à ces doses est si faible qu’il est statistiquement indétectable sur une population. L’ICRP utilise un modèle linéaire sans seuil (LNT) qui reste théorique en-dessous de 100 mSv — deux ordres de grandeur au-dessus d’une radio dentaire complète (ICRP 103, 2007).

À quelle fréquence faire des radios ?

C’est la question la plus fréquente, et la réponse officielle est : ça dépend du risque carieux individuel. Il n’existe aucune fréquence universelle — ni « une panoramique tous les 2 ans », ni « une rétro par an ». Les recommandations de l’American Dental Association (ADA) avec la FDA, largement reprises par l’AAOMR (Academy of Oral and Maxillofacial Radiology), stratifient par profil :

Adulte sans risque carieux, denture stable :
– Rétros-coronaires (bite-wings) : tous les 24 à 36 mois.
– Panoramique : seulement si indication clinique (pas de rythme systématique).

Adulte avec risque carieux (lésions récentes, bouche sèche, parodontite active) :
– Rétros-coronaires : tous les 6 à 18 mois.

Enfant en denture mixte, sans carie :
– Rétros-coronaires : tous les 12 à 24 mois.

Enfant à risque carieux :
– Rétros-coronaires : tous les 6 à 12 mois.

(ADA/FDA Dental Radiographic Examinations, 2012)

Dans nos cabinets, nous évaluons le risque carieux à chaque contrôle dentaire — alimentation, flux salivaire, antécédents, hygiène, scellements existants. C’est cette évaluation qui pilote la fréquence des clichés, pas un calendrier fixe. Concrètement, un patient à faible risque en bouche stable peut très bien passer 3 ans sans nouvelle rétro ; un patient à haut risque ou en traitement parodontal aura besoin d’un suivi plus rapproché.

Radio, grossesse et enfant : ce qu’il faut savoir

Grossesse : les études de référence ne montrent aucun effet tératogène à des doses < 50 mSv — on est 10 000 fois au-dessus d’une rétro (ICRP Publication 84). En pratique, nous évitons les radios non urgentes pendant la grossesse par principe de précaution, mais une radio ciblée en cas de douleur aiguë ou d’abcès est sans risque pour le fœtus. Tablier plombé avec protection thyroïdienne systématique.

Enfant : tissus plus radio-sensibles, mais volumes plus petits, donc doses absorbées plus faibles. Les protocoles pédiatriques (mAs réduits, collimation adaptée) sont standards dans les appareils récents. Le CBCT est réservé aux indications fortes (dent incluse, traumatisme sévère, orthodontie complexe).

Comment on réduit les doses au cabinet : le principe ALARA

Le principe de radioprotection ALARA (As Low As Reasonably Achievable, aussi ALADA : As Low As Diagnostically Acceptable) n’est pas un slogan — c’est un ensemble de gestes techniques mesurables :

  1. Capteurs numériques haute sensibilité — dose divisée par 4 à 8 vs film argentique.
  2. Collimation rectangulaire (et non ronde) sur les rétros — réduction de dose typiquement d’environ 60 % du faisceau inutile, consensus partagé par l’AAOMR et l’ADA dans leurs recommandations communes d’optimisation.
  3. Tensions (kV) et courants (mAs) adaptés au patient (enfant vs adulte, homme vs femme).
  4. Tablier plombé et protection thyroïdienne quand indiqué — moins systématique qu’avant car les capteurs modernes diffusent peu, mais toujours utilisé en pédodontie et grossesse.
  5. Justification et optimisation : pas de radio sans question clinique claire. C’est la base de la dentisterie numérique responsable.

Nous appliquons ces protocoles dans nos trois cabinets. Si vous avez un doute sur une radio récente faite ailleurs, apportez-la à votre rendez-vous — un cliché exploitable évite d’en refaire un. Prenez rendez-vous en ligne.

Quand la radio est vraiment indispensable — et quand elle ne l’est pas

Indispensable :
– Douleur inexpliquée (cliché apical pour éliminer abcès, pulpite irréversible, granulome).
– Bilan avant traitement endodontique — sans radio on ne peut ni mesurer les canaux, ni contrôler l’obturation. La radio est un des trois outils non négociables de l’endodontie moderne avec le microscope et la digue dentaire.
– Planification implantaire (CBCT obligatoire pour mesurer l’os et localiser le nerf).
– Bilan parodontal initial (mesure des pertes osseuses).
– Suspicion de kyste, dent incluse, fracture radiculaire.

Non indispensable :
– Détartrage simple de routine chez patient sain.
– Contrôle post-détartrage sans plainte.
– Avant un blanchiment sur dents saines.
– « Parce qu’on refait une panoramique tous les ans » — argument non fondé cliniquement.

FAQ — Radio dentaire et doses

Combien de radios dentaires peut-on faire par an sans danger ?

Il n’y a pas de plafond réglementaire patient, car les doses sont trop faibles pour justifier une limite. Pour contexte : la limite professionnelle des travailleurs exposés en Suisse est de 20 mSv/an (OFSP, radioprotection) — vous pourriez faire 4000 rétros dans une année pour atteindre cette limite. En pratique, la question n’est jamais « combien », mais « pourquoi celle-là ».

Peut-on refuser une radio proposée par son dentiste ?

Oui, vous gardez le droit de refuser un acte. Mais il faut comprendre que votre dentiste ne peut alors pas diagnostiquer certaines pathologies (caries interproximales, lésions apicales) et engage moins sa responsabilité sur le traitement. Nous recommandons plutôt de demander la justification du cliché : « qu’est-ce que vous cherchez ? » Un professionnel vous répondra précisément.

La radio dentaire cause-t-elle un cancer ?

Soyons honnêtes sur l’état de la littérature : un risque faible a été rapporté dans certaines études épidémiologiques. Une méta-analyse publiée en 2019 rapporte une association statistiquement significative mais modérée entre l’exposition historique aux radios dentaires et le risque de cancer thyroïdien (RR ≈ 1,87, IC 95 % 1,11-3,15) et de méningiome (RR ≈ 1,53, IC 95 % 1,26-1,85) (Memon A et al., Dental x-rays and the risk of thyroid cancer and meningioma: A systematic review and meta-analysis, Thyroid, 2019). Deux nuances importantes : (1) les études incluses portent largement sur des appareils des années 1960-80 avec des doses 10 à 50 fois supérieures à aujourd’hui ; (2) les biais de rappel (le patient s’auto-déclare le nombre de radios reçues dans sa vie) amplifient ce type d’association. Sur les appareils numériques modernes avec collimation rectangulaire et tablier plombé, la dose est d’un tout autre ordre — mais le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) reste la règle : on ne prescrit pas une radio sans indication clinique claire.

Pourquoi certains dentistes prennent une panoramique chaque année ?

Ce n’est pas conforme aux recommandations internationales. La panoramique annuelle systématique sans indication clinique est considérée comme de la sur-prescription par l’AAOMR et la FDA. Chez Névé, nous prescrivons une panoramique sur indication — pas par routine.

Que vaut une radio « dentiste à distance » sans examen clinique ?

Rien. Une radio s’interprète avec l’examen en bouche, les doléances du patient, les tests de vitalité, la palpation. Isolée, elle peut être trompeuse (par exemple : image radioclaire apicale sans pathologie = anatomie normale). La radiographie est un outil d’aide, pas de remplacement de l’examen.

Peut-on conserver ses radios pour un autre dentiste ?

Oui, et c’est recommandé. Vous avez légalement accès à votre dossier radiologique. Les clichés numériques se transmettent facilement par email sécurisé ou clé USB. Apporter vos radios récentes à un nouveau praticien évite des clichés redondants — donc des doses supplémentaires inutiles.

Pour aller plus loin

La radio dentaire, bien prescrite et bien réalisée, est l’un des examens d’imagerie médicale les plus sûrs au monde. Le vrai enjeu clinique n’est pas « éviter la radio » mais éviter la radio non justifiée — et, à l’inverse, ne pas refuser un cliché qui changera votre diagnostic.

Chez Névé, nos équipes de Plainpalais, Pont-Rouge et Nations appliquent les protocoles ALARA avec des capteurs numériques récents et un CBCT de dernière génération utilisé sur indication stricte. Si vous avez des questions sur un cliché passé, une grossesse en cours, ou une radio prescrite ailleurs, parlez-en en consultation — c’est toujours mieux que de chercher seul. Contactez-nous pour un rendez-vous ou un avis.


Sources clés citées :

  • ICRP, Publication 103 — The 2007 Recommendations of the ICRP (lien)
  • NCRP, Report No. 184 — Medical Radiation Exposure of Patients in the United States, 2019 (lien)
  • ADA Council on Scientific Affairs & U.S. FDA, Dental Radiographic Examinations: Recommendations for Patient Selection, 2012 (lien)
  • Ludlow JB et al., Effective doses of common dental radiographic examinations, JADA, 2008 (lien)
  • European Commission, SEDENTEXCT — Radiation Protection N°172 — Cone Beam CT for Dental and Maxillofacial Radiology, 2012 (lien)
  • OFSP, Rayonnement ionisant en Suisse (lien)
  • Memon A. et al., Dental X-rays and the risk of thyroid cancer and meningioma: A systematic review and meta-analysis, Thyroid, 2019 (PMID 31502516)
  • Faculty of General Dental Practice (UK), Selection Criteria for Dental Radiography (3rd edition)