Une greffe de gencive dure quarante-cinq à quatre-vingt-dix minutes sous anesthésie locale. La douleur est modérée et concerne surtout le palais, zone d’où le greffon est prélevé, pendant deux à quatre jours. La cicatrisation des tissus prend environ deux semaines, mais le résultat définitif — couleur, texture, stabilité — ne s’apprécie qu’après trois à six mois de maturation. C’est une intervention bien codifiée, dont le déroulement est prévisible ; ce qui surprend le plus les patients, c’est que la zone opérée fait moins mal que la zone donneuse.
En bref
- L’intervention se déroule sous anesthésie locale, en une séance de quarante-cinq à quatre-vingt-dix minutes.
- La douleur vient principalement du palais, pas de la zone greffée : elle est modérée et dure deux à quatre jours.
- Il ne faut pas brosser la zone greffée pendant deux à trois semaines : le nettoyage se fait par bain de bouche prescrit.
- Le résultat esthétique final s’apprécie à trois à six mois, le temps que la couleur se fonde avec la gencive voisine.
- Le tabac réduit nettement les chances de succès : c’est le facteur modifiable qui pèse le plus.
Pourquoi greffer la gencive
La gencive se rétracte pour plusieurs raisons : un brossage trop appuyé ou avec une brosse trop dure, une maladie parodontale, un tissu gingival naturellement fin, une dent mal positionnée sur l’arcade, un frein qui tire, ou un déplacement orthodontique. La racine se découvre alors progressivement.
Cette exposition n’est pas seulement un problème d’apparence. Elle entraîne une sensibilité au froid parfois invalidante, expose la racine — plus tendre que l’émail — aux caries et à l’usure, et fragilise l’ancrage de la dent si la rétraction progresse. Nos articles sur le déchaussement des dents et sur la dent sensible détaillent ces conséquences.
La greffe est indiquée dans plusieurs situations : recouvrir une racine exposée, épaissir une gencive trop fine avant un traitement orthodontique ou la pose d’une couronne, sécuriser une zone autour d’un implant, ou stopper une récession qui progresse. Toutes les récessions ne se greffent pas : une rétraction stable, sans gêne ni progression, peut simplement être surveillée. Notre page sur la greffe de gencive présente notre prise en charge.
Les techniques
| Technique | Principe | Indication privilégiée | Prélèvement au palais |
|---|---|---|---|
| Greffe conjonctive enfouie | Un greffon prélevé sous la surface du palais est glissé sous la gencive existante | Recouvrir une racine, exigence esthétique | Oui, sous la muqueuse |
| Greffe épithélio-conjonctive | Un greffon de pleine épaisseur est posé en surface | Créer de la gencive attachée quand il n’y en a plus | Oui, en surface |
| Tunnelisation | Le greffon est passé dans un tunnel, sans incision verticale | Plusieurs dents contiguës, cicatrisation plus discrète | Oui |
| Lambeau déplacé coronairement | La gencive existante est repositionnée vers le haut, seule ou avec un greffon | Récession isolée avec tissu suffisant | Seulement si greffon associé |
| Matrice de collagène | Un substitut remplace le greffon | Éviter le prélèvement, plusieurs sites à traiter | Non |
La greffe conjonctive enfouie reste la référence pour recouvrir une racine avec un bon résultat esthétique : le greffon étant enfoui, la couleur finale se fond avec la gencive voisine. La greffe épithélio-conjonctive donne un tissu plus épais et plus résistant, mais sa teinte reste souvent un peu plus claire, ce qui la réserve aux zones peu visibles.
Les matrices de collagène évitent le prélèvement au palais et donc la principale source de douleur. Elles constituent une option intéressante quand plusieurs sites doivent être traités, avec des résultats un peu moins prévisibles que le tissu du patient dans les situations exigeantes.
Avant l’intervention
La consultation préalable mesure les récessions, évalue l’épaisseur du tissu restant, vérifie l’état des dents concernées et identifie la cause de la rétraction. Ce dernier point est décisif : greffer sans corriger un brossage traumatique ou une maladie parodontale active revient à réparer sans avoir arrêté la cause. La technique de brossage est donc revue, et notre article sur la brosse à dents électrique aborde le choix d’un matériel adapté.
Une maladie parodontale doit être traitée et stabilisée avant toute chirurgie : notre article sur le saignement des gencives décrit cette étape préalable, et celui sur le parodontologue à Genève le déroulement d’une prise en charge complète.
Signalez vos traitements en cours, en particulier un anticoagulant, et vos antécédents médicaux. Sur le tabac, le message est direct : il réduit la vascularisation et compromet la prise du greffon. Un arrêt, même temporaire, dans les semaines qui encadrent l’intervention améliore réellement le résultat, comme l’explique notre article sur le tabac et les soins dentaires.
Le jour de l’intervention
Vous mangez normalement avant de venir : il s’agit d’une anesthésie locale, pas d’une anesthésie générale. L’intervention se déroule en plusieurs temps.
- Anesthésie de la zone à greffer et du palais.
- Préparation du site receveur : la racine exposée est nettoyée et lissée, et la gencive est décollée pour créer l’espace destiné au greffon.
- Prélèvement au palais, en général du côté opposé à la main dominante, sur une zone située entre la canine et la première molaire.
- Mise en place et sutures : le greffon est positionné puis fixé par des points fins, souvent résorbables.
- Protection du palais : un pansement, une colle chirurgicale ou une petite plaque en résine peut être posé pour couvrir la zone donneuse et réduire la gêne.
L’ensemble prend quarante-cinq à quatre-vingt-dix minutes selon le nombre de dents traitées. Vous repartez seul, et vous pouvez conduire.
La cicatrisation, jour par jour
| Période | Ce qui se passe | Ce qu’il faut faire |
|---|---|---|
| J0, premières heures | Retour des sensations, gêne croissante au palais | Antalgique avant la fin de l’anesthésie, froid sur la joue, repos |
| J1 à J3 | Douleur maximale, surtout au palais ; parfois léger gonflement | Antalgiques réguliers, alimentation froide et molle, aucun brossage sur les sites |
| J4 à J7 | La douleur décroît nettement, le palais forme une membrane blanchâtre | Poursuite du bain de bouche prescrit, alimentation toujours molle |
| J8 à J14 | Cicatrisation superficielle acquise, retrait des points si nécessaire | Contrôle au cabinet, reprise progressive d’un brossage très doux selon consigne |
| Semaines 3 à 6 | Le greffon s’intègre, sa couleur est encore différente | Reprise du brossage normal sur le site, avec la technique revue |
| Mois 3 à 6 | Maturation : la teinte se fond, le volume se stabilise | Résultat définitif appréciable, contrôle de maintenance |
Quelques repères utiles pendant cette période. La membrane blanchâtre qui se forme sur le palais est un tissu de cicatrisation normal, pas une infection. Un léger suintement sanguin le premier soir est banal. Un greffon qui paraît blanchâtre les premiers jours ne signifie pas qu’il est nécrosé : sa vascularisation se rétablit progressivement.
Le palais, la vraie zone sensible
C’est le point que les patients découvrent souvent après coup, et qu’il vaut mieux savoir avant. La zone greffée fait peu mal, car elle est protégée sous la gencive. Le palais, lui, présente une plaie à vif, exposée à la langue, aux aliments et aux liquides.
La gêne se compare à une brûlure de palais bien marquée : désagréable, gênante pour manger et pour parler, mais supportable avec des antalgiques usuels. Elle culmine entre le premier et le troisième jour puis décroît franchement. Plusieurs mesures aident : le froid, une alimentation lisse et fraîche, l’évitement des aliments croquants, épicés et acides, et le port du pansement ou de la plaque de protection si elle a été fournie. Évitez de passer la langue sur la zone, réflexe qui retarde la cicatrisation.
Un saignement du palais peut survenir dans les premiers jours, parfois impressionnant. La conduite est simple : comprimer avec une compresse propre pendant dix à quinze minutes sans regarder entre-temps, en position assise. Si le saignement persiste malgré deux compressions, appelez le cabinet.
Les consignes qui font la différence
- Ne brossez pas les sites opérés pendant la durée indiquée, en général deux à trois semaines. Le nettoyage passe par le bain de bouche prescrit. Continuez en revanche à brosser normalement le reste de la bouche.
- Ne soulevez pas la lèvre pour regarder le résultat : ce geste, très tentant, tire sur les sutures et peut déplacer le greffon. C’est la cause la plus fréquente d’échec évitable.
- Mangez froid et mou pendant une semaine : compotes, yaourts, purées, fromage frais, soupes froides. Évitez le croquant, le chaud, l’acide et l’épicé.
- Ne fumez pas : c’est la consigne qui influence le plus le résultat.
- Évitez le sport intense et les efforts physiques pendant une semaine, ainsi que les bains chauds et le sauna.
- Dormez la tête surélevée les premières nuits.
- Ne recrachez pas énergiquement et n’utilisez pas de paille : la dépression créée peut décoller le caillot.
Notre article sur l’hygiène buccale après une chirurgie dentaire détaille le protocole complet, applicable à cette intervention comme aux autres.
Complications possibles
Elles sont peu fréquentes mais méritent d’être connues :
- Un échec partiel ou total de la prise du greffon, favorisé par le tabac, une traction sur les sutures ou une infection.
- Un recouvrement incomplet de la racine, notamment lorsque l’os interdentaire est déjà perdu : le résultat dépend étroitement de la situation de départ.
- Une infection, rare, se manifestant par une douleur qui augmente après le troisième jour, un gonflement, du pus ou de la fièvre.
- Un saignement du palais, généralement maîtrisé par compression.
- Une sensibilité transitoire du palais ou une zone légèrement engourdie, qui régresse en quelques semaines.
Quels résultats attendre
Le recouvrement d’une racine est le plus prévisible lorsque l’os et la gencive entre les dents sont intacts. Dans ces situations favorables, un recouvrement complet est fréquemment obtenu avec une greffe conjonctive. Lorsque le support interdentaire est déjà perdu, le recouvrement reste partiel : c’est une limite anatomique, pas un défaut de technique, et il est important qu’elle soit annoncée avant l’intervention.
Les bénéfices dépassent l’esthétique : la sensibilité au froid diminue nettement, la racine est protégée des caries et de l’usure, et la gencive épaissie résiste mieux au brossage. La stabilité dans le temps est bonne, à condition que la cause initiale ait été corrigée et que la maintenance soit régulière. Si un traitement orthodontique est prévu, l’épaississement préalable de la gencive protège les dents pendant le déplacement, comme l’aborde notre article sur l’orthodontie chez l’adulte.
Le coût de l’intervention et sa prise en charge sont détaillés dans notre article sur le prix d’une greffe de gencive en Suisse. D’autres interventions du même type suivent une logique proche, comme le décrivent nos articles sur les suites d’un sinus lift et sur la douleur après une greffe osseuse.
Quand consulter
Reprenez contact avec le cabinet qui a opéré en présence de l’un de ces signes :
- Une douleur qui augmente après le troisième jour au lieu de diminuer.
- Un saignement du palais qui persiste malgré deux compressions de quinze minutes.
- Un gonflement croissant, du pus, un goût désagréable ou de la fièvre.
- Des sutures qui lâchent ou un greffon qui paraît se déplacer.
- Une zone greffée devenue grise ou noire.
- Une gêne à avaler ou un gonflement qui s’étend : consultez en urgence.
Une dent qui devient mobile après l’intervention doit également être signalée : notre article sur la dent qui bouge chez l’adulte en explique les causes. Cet article a une visée informative et ne remplace pas un examen clinique.
À la clinique Névé (Genève)
Nos praticiens réalisent les greffes de gencive après avoir traité la cause de la récession, ce qui conditionne la stabilité du résultat. Nous annonçons avant l’intervention le recouvrement réellement atteignable dans votre situation, plutôt que de promettre un résultat que l’anatomie ne permet pas. La clinique dispose de trois adresses à Genève et dans le Grand-Lancy : Plainpalais (Rond-Point de Plainpalais 5, 1205 Genève), Pont-Rouge (Place de Pont-Rouge 5, 1212 Grand-Lancy) et Nations (Rue du Pré-de-la-Bichette 1, 1202 Genève). Pour poser vos questions ou organiser une consultation, écrivez-nous via la page contact ou appelez le 022 800 11 11.
Questions fréquentes
Une greffe de gencive fait-elle mal ?
La douleur est modérée et concerne surtout le palais, d’où le greffon est prélevé, pas la zone greffée. Elle est comparable à une brûlure de palais marquée, culmine entre le premier et le troisième jour, et se contrôle avec des antalgiques usuels.
Combien de temps dure la cicatrisation d’une greffe de gencive ?
La cicatrisation superficielle est acquise en environ deux semaines, moment où les points sont retirés si nécessaire. Le greffon s’intègre ensuite pendant trois à six semaines, et le résultat définitif — couleur, texture, volume — s’apprécie à trois à six mois.
Peut-on se brosser les dents après une greffe de gencive ?
Pas sur les sites opérés pendant deux à trois semaines : le nettoyage y passe par le bain de bouche prescrit. Le reste de la bouche se brosse normalement. Reprenez le brossage du site uniquement sur consigne du praticien, avec une brosse très souple.
Que peut-on manger après une greffe de gencive ?
Des aliments froids et lisses pendant une semaine : compotes, yaourts, purées, fromage frais, soupes froides. Évitez le croquant, le chaud, l’acide et l’épicé, ainsi que les pailles, dont la dépression peut décoller le caillot au palais.
Une greffe de gencive tient-elle dans le temps ?
Oui, à deux conditions : que la cause initiale ait été corrigée — brossage traumatique, maladie parodontale — et que la maintenance soit régulière. Le tabac reste le facteur modifiable qui compromet le plus la prise du greffon puis sa stabilité.
La racine sera-t-elle entièrement recouverte ?
Cela dépend de l’os et de la gencive entre les dents. Quand ce support est intact, un recouvrement complet est fréquemment obtenu. Quand il est déjà perdu, le recouvrement reste partiel : c’est une limite anatomique, qui doit être annoncée avant l’intervention.


