« Mes dents se déchaussent » est une phrase qu’on entend chaque semaine à Névé. Derrière ce terme populaire se cachent deux réalités cliniques très différentes : une récession gingivale d’origine mécanique (brossage, anatomie fine) qui n’affecte que la gencive, et une récession d’origine parodontale qui implique une perte osseuse sous-jacente. La prise en charge n’a rien à voir. Ce guide, rédigé par notre équipe de Névé Clinique dentaire à Genève, vous aide à identifier votre cas et comprendre les solutions par stade.
Key Takeaways
– La récession gingivale touche 23,88 % des adultes selon une étude 2024 sur 3773 sujets, et 63,9 % sont des formes localisées (Egyptian Study, BMC Oral Health, 2025).
– La classification de Cairo (RT1-RT2-RT3) est la référence actuelle, remplaçant progressivement Miller. Elle prédit le taux de recouvrement radiculaire atteignable.
– Un brossage à > 3 N de force avec des poils durs est associé à l’abrasion cervicale et à la récession gingivale chez les profils exposés, selon une revue narrative 2025 couvrant 118 études (Healthcare, MDPI 2025 narrative review).
– La greffe de gencive (greffe conjonctive enfouie) permet de recouvrir 95-100 % d’une RT1, 50-70 % d’une RT2, et aucun recouvrement fiable sur RT3.
Déchaussement ou récession gingivale : de quoi parle-t-on ?
Le « déchaussement » n’est pas un terme médical. Il décrit un ensemble de signes visibles :
- La dent paraît plus longue qu’avant.
- Le collet (zone jaunâtre près de la racine) est exposé.
- Sensibilité au froid, à l’air, au sucré.
- Un espace triangulaire noir apparaît entre deux dents (« trous noirs »).
Cliniquement, il s’agit d’une récession gingivale : la gencive se déplace apicalement (vers la racine), exposant le cément radiculaire. Le point important pour votre prise en charge : cette récession peut exister sans perte osseuse (cas mécanique) ou en être le symptôme visible (cas parodontal). La distinction se fait au sondage et à la radiographie.
Les deux grandes causes : mécanique ou parodontale ?
Cause mécanique (brossage et anatomie)
La récession localisée, souvent asymétrique, sans poche gingivale, sans saignement au sondage, sur des dents saines = typiquement d’origine mécanique.
Facteurs identifiés par la littérature :
- Brossage agressif : force > 3 N, poils durs, technique horizontale (« sciage »). Une revue narrative 2025 analysant 118 études confirme l’association (Healthcare 2025).
- Anatomie défavorable : biotype gingival fin (< 1 mm d’épaisseur), vestibule peu profond, frein labial inséré haut, dent en position vestibulée.
- Traumatismes occlusaux (bruxisme, interférences).
- Orthodontie mal conduite ou sans préparation parodontale préalable.
- Piercing labial ou lingual : récessions localisées typiques, parfois sévères.
Cause parodontale (perte osseuse)
Récession généralisée, souvent avec poches profondes, saignement au sondage, mobilité possible, éventuellement perte de dent(s) antérieures = parodontite à un stade modéré à sévère (stade II-IV selon classification AAP/EFP 2018).
Ici, la récession n’est que la partie visible de l’iceberg. La perte d’os alvéolaire sous-jacente est déjà installée et ne se récupère que partiellement par régénération parodontale, et seulement dans certains cas anatomiques favorables.
Notre lecture en cabinet : quand un patient nous dit « je me brosse doucement, ça ne peut pas être le brossage », dans la moitié des cas la récession est d’origine parodontale. L’examen clinique (sondage à 6 sites par dent) et radiographique tranche en 20 minutes. Ne pas faire ce bilan, c’est traiter une plomberie qui fuit en repeignant le plafond.
La classification Cairo : RT1, RT2, RT3
Depuis 2011, la classification de Cairo a remplacé la classification historique de Miller dans les publications internationales et les guidelines EFP. Elle est plus fiable (études de reproductibilité inter-observateurs supérieures) et surtout elle prédit le pronostic de recouvrement radiculaire.
| Type | Perte d’attache interproximale | Recouvrement radiculaire possible |
|---|---|---|
| RT1 | Aucune | 95-100 % (recouvrement complet prévisible) |
| RT2 | Présente, ≤ perte vestibulaire | Partiel, 50-70 % |
| RT3 | Présente, > perte vestibulaire | Nul (pas de recouvrement prévisible) |
Source : Cairo F. et al., J Clin Periodontol 2011 ; illustration clinique sur petite série portugaise (Portugal study, MDPI 2024).
Autrement dit : consulter tôt (tant que la récession est RT1) change radicalement les options thérapeutiques. Une fois RT3 installée, la greffe gingivale peut améliorer l’épaisseur du tissu mais ne récupère plus la hauteur perdue.
Solutions par stade
Stade 1 : récession débutante (RT1, 1-2 mm)
Approche étiologique avant tout : corriger la cause pour stopper la progression.
- Audit de brossage. Passage à une brosse électrique avec pressostat, poils souples. Technique de Bass modifiée, pas de mouvement horizontal.
- Traitement de la sensibilité : dentifrice reminéralisant (nitrate potassium, arginine), vernis fluoré en cabinet si besoin. Voir aussi notre page dent sensible.
- Détartrage et polissage si plaque ou tartre associés.
- Suivi photographique tous les 6 mois pour objectiver la stabilité. Une récession stabilisée pendant 2 ans ne progressera probablement plus.
Stade 2 : récession modérée (RT1/RT2, 2-4 mm)
Décision à personnaliser : chirurgie muco-gingivale ou surveillance ?
Indications de greffe de gencive :
- Sensibilité invalidante non soulagée par le traitement symptomatique.
- Esthétique (récession antérieure visible au sourire).
- Progression documentée malgré correction des causes.
- Biotype très fin avec risque de progression rapide.
Techniques disponibles à Névé :
- Greffe conjonctive enfouie + lambeau positionné coronalement : gold standard pour RT1 à visée esthétique, taux de recouvrement 90-100 %.
- Greffe épithélio-conjonctive (greffe gingivale libre) : plutôt pour augmenter l’épaisseur et la hauteur de tissu kératinisé quand l’esthétique secondaire.
- Techniques de tunnelisation pour récessions multiples adjacentes.
Détails sur notre page greffe de gencive.
Stade 3 : récession sévère associée à une parodontite (RT2/RT3, > 4 mm)
La récession n’est plus le problème principal : c’est la parodontite sous-jacente qu’il faut d’abord stabiliser.
Séquence thérapeutique (protocole EFP S3, 2020) :
- Hygiène + contrôle des facteurs de risque (tabac, diabète).
- Instrumentation sous-gingivale (surfaçage radiculaire) — voir traitement parodontal non chirurgical.
- Réévaluation à 3 mois. Si poches résiduelles ≥ 4 mm avec saignement : chirurgie parodontale, parfois régénération (EMD, membranes) sur défauts intra-osseux favorables.
- Maintenance parodontale à vie, tous les 3-4 mois. C’est la condition sine qua non du pronostic à long terme. Voir maintenance parodontale.
La greffe de gencive dans ce contexte peut être envisagée après stabilisation parodontale, mais avec un objectif plus modeste (améliorer l’épaisseur tissulaire, protéger la racine) qu’un recouvrement esthétique complet.
Stade 4 : dents très mobiles, pronostic réservé
Quand la perte osseuse est > 50 % de la longueur radiculaire, que la dent bouge, que des abcès récurrents apparaissent : la question de l’extraction se pose. Mieux vaut extraire et remplacer par implant qu’acharner un traitement parodontal voué à l’échec.
Options prothétiques à discuter :
- Implant unitaire (nécessite souvent une greffe osseuse post-extraction parodontale).
- Bridge sur dents adjacentes saines.
- Prothèse amovible transitoire si édentement étendu.
Facteurs qui aggravent une récession existante
Sur nos patients suivis en maintenance, nous voyons régulièrement quelles variables transforment une récession stable en récession qui avance de 1-2 mm par an :
- Tabac. Double l’inflammation parodontale, divise par 2 la réponse au traitement, classe automatiquement en grade C.
- Bruxisme non traité. Traumatisme occlusal qui accélère la récession. Voir bruxisme et gouttière nocturne.
- Brossage inchangé. Tant que la cause mécanique persiste, la récession progresse malgré le traitement.
- Orthodontie sans bilan parodontal préalable. Chez un patient au biotype fin, certains mouvements dentaires vestibulaires aggravent la récession.
- Négligence des interdentaires. Les gencives papillaires disparaissent en premier, créant les fameux « trous noirs ».
Voir aussi notre article saignement des gencives au brossage — que faire qui couvre le signe précoce le plus souvent ignoré.
Combien ça coûte en Suisse ? (ordre de grandeur)
Les honoraires en Suisse sont à la valeur du point TARMED dentaire (SSO), qui varie selon le cabinet. Ordre de grandeur indicatif :
- Consultation parodontale initiale avec sondage complet : 200-350 CHF.
- Détartrage + surfaçage par secteur : 300-500 CHF / secteur.
- Greffe de gencive unitaire (conjonctif enfoui) : 1500-2500 CHF.
- Greffe plurielle avec tunnelisation : 2500-4000 CHF.
Ces chiffres sont indicatifs — seul un plan de traitement personnalisé dans nos cabinets donne un devis précis. Voir notre page honoraires.
FAQ — déchaussement des dents
Le déchaussement des dents est-il réversible ?
Partiellement, et uniquement par chirurgie muco-gingivale. Une récession RT1 peut être recouverte à 95-100 % par greffe conjonctive. Une RT3 ne l’est jamais. Aucun produit, aucun remède naturel, aucune technique non chirurgicale ne « fait repousser » la gencive perdue.
Les dents qui se déchaussent vont-elles tomber ?
Pas si la cause est mécanique : une récession d’origine brossage, corrigée et stabilisée, ne fait pas perdre la dent. Si la cause est parodontale avec perte osseuse, oui à terme sans traitement — la dent deviendra mobile puis s’exfoliera. D’où l’importance du diagnostic différentiel initial.
Existe-t-il un traitement sans chirurgie pour le déchaussement ?
Pour stopper la progression, oui (correction du brossage, détartrage, traitement parodontal). Pour recouvrir la récession, non : seule la chirurgie muco-gingivale ou la greffe de gencive le permettent. Les méthodes « régénératives » non chirurgicales annoncées sur internet (cellules souches maison, huiles essentielles) n’ont aucune validation scientifique.
Pourquoi la sensibilité au froid avec le déchaussement ?
Parce que le cément radiculaire exposé (qui était sous la gencive) a une perméabilité dentinaire bien supérieure à l’émail. Les stimuli thermiques, osmotiques, mécaniques atteignent plus facilement la pulpe. Traitement : dentifrice désensibilisant (nitrate potassium 5 %, arginine), vernis fluoré en cabinet, et à terme correction de la récession si invalidante.
Le bain de bouche peut-il aider en cas de déchaussement ?
Il ne corrige ni la récession ni ses causes. Il peut accompagner une phase aigüe de gingivite associée (chlorhexidine 0,12 %, 7 jours max). Pour la sensibilité, des bains à base de fluorure de stanneux ont un effet modeste documenté. Voir bain de bouche antiseptique — quand l’utiliser.
À quelle fréquence consulter quand on a des récessions stables ?
Tous les 6 mois minimum, avec photos comparatives et sondage. Si vous avez des antécédents de parodontite, tous les 3-4 mois (maintenance parodontale). La comparaison d’un mois à l’autre ne veut rien dire — seules les photos ou mesures à 6-12 mois d’intervalle objectivent une progression réelle.
Le stress peut-il aggraver le déchaussement des dents ?
Indirectement. Le stress chronique module la réponse immunitaire, peut déclencher du bruxisme et dégrade souvent l’hygiène quotidienne. Ces trois facteurs combinés accélèrent une récession préexistante, surtout d’origine parodontale.
Pour aller plus loin
Le déchaussement des dents est traitable à tous les stades — mais les options rétrécissent avec le temps. RT1 → recouvrement complet possible. RT3 → on se contente de stabiliser. La porte se ferme progressivement, et le premier signe (sensibilité, dent qui « s’allonge ») est le meilleur moment pour consulter.
Nos parodontistes à Névé (Dr Sylvain Mouraret, Dr Paul Monneyron, Dr Spyridon Bobetsis) réalisent des bilans muco-gingivaux complets avec sondage, photos standardisées et radiographies dans nos trois cabinets — Plainpalais, Pont-Rouge et Nations. Prenez rendez-vous en ligne ou consultez notre page parodontologie.
Sources clés citées :
- Cairo F., Nieri M., Cincinelli S., Mervelt J., Pagliaro U., The interproximal clinical attachment level to classify gingival recessions and predict root coverage outcomes, J Clin Periodontol, 2011 (lien)
- Tonetti M. et al., Staging and grading of periodontitis — AAP/EFP 2018, J Periodontol (lien)
- Sanz M. et al., Treatment of stage I-III periodontitis — EFP S3 guideline, J Clin Periodontol, 2020 (lien)
- The Impact of Toothbrushing on Oral Health, Gingival Recession, and Tooth Wear — A Narrative Review, Healthcare, 2025 (lien)
- Prevalence of gingival recession according to Cairo classification, Portugal study, 2024 (lien)
- Prevalence, etiology and clinical characteristics of gingival recession, BMC Oral Health, 2025 (lien)

