« J’ai un plombage à refaire. » Cette phrase, on l’entend chaque semaine en consultation chez Névé Clinique dentaire à Genève. Le mot a la vie dure — il évoque encore l’amalgame argenté que beaucoup ont en bouche depuis l’enfance. Pourtant, depuis vingt ans, la matière a profondément changé. La Convention de Minamata, ratifiée par la Suisse, a accéléré la sortie progressive du mercure dentaire. Aujourd’hui, ce que l’on appelle encore « plombage » est, neuf fois sur dix, un composite blanc — voire un inlay céramique. Voici un point clinique sur ce qui se cache vraiment derrière le mot.
Key Takeaways
– Le mot plombage est un héritage du XIXᵉ siècle — l’amalgame contient en réalité de l’argent, du mercure, de l’étain et du cuivre, pas de plomb.
– La Convention de Minamata (2013, ratifiée par la Suisse) impose une réduction progressive de l’usage de l’amalgame dentaire.
– Aujourd’hui en Suisse, l’écrasante majorité des restaurations sont réalisées en résine composite ou en inlays céramique.
– Les composites modernes sont adhésifs (collés à la dent), esthétiques et permettent une approche plus conservatrice.
– Les anciens amalgames en bouche n’ont pas besoin d’être systématiquement remplacés s’ils sont étanches et fonctionnels.
D’où vient le mot « plombage » ?
Le terme date du XIXᵉ siècle, quand les premières restaurations dentaires utilisaient des feuilles d’or martelées dans la cavité — la technique de l’obturation. Le mot « plomber » désignait alors l’action de sceller, par analogie avec les sceaux de plomb des documents officiels et des marchandises. Le matériau utilisé n’était pas du plomb, mais le geste s’en rapprochait visuellement.
Au XXᵉ siècle, l’amalgame d’argent a dominé pendant près de cent ans : un alliage de mercure liquide, d’argent, d’étain et de cuivre. Sa résistance, son faible coût et sa facilité de mise en place en ont fait le matériau de référence mondial. Le mot « plombage » est resté, même si la composition n’a jamais inclus de plomb.
La Convention de Minamata et la fin progressive de l’amalgame
Signée en 2013, la Convention de Minamata sur le mercure est un traité international qui vise à réduire l’usage du mercure dans toutes les industries — y compris la dentisterie. La Suisse l’a ratifiée en 2016.
Ses dispositions concernant l’amalgame dentaire prévoient :
- l’interdiction de l’amalgame chez les enfants de moins de 15 ans, les femmes enceintes et allaitantes (effective dans l’UE depuis 2018, suivie en Suisse),
- la réduction progressive de son usage chez les autres patients,
- l’obligation de séparateurs d’amalgame dans les cabinets pour éviter le rejet de mercure dans les eaux usées,
- la promotion d’alternatives sans mercure.
L’objectif n’est pas tant un risque sanitaire individuel — l’amalgame en place est considéré comme stable par l’OMS — que la réduction de la pollution environnementale par le mercure, polluant persistant qui s’accumule dans la chaîne alimentaire.
Les matériaux d’aujourd’hui
Quand un patient arrive chez nous avec une carie ou un ancien amalgame à remplacer, plusieurs options existent — chacune adaptée à des situations cliniques précises.
La résine composite
C’est aujourd’hui le matériau le plus utilisé. Il s’agit d’un mélange de résine et de charges minérales (silice, verre), durci par lumière bleue (lampe à polymériser).
Avantages :
- esthétique : teinte assortie à la dent, invisible,
- adhésion à la dent par un système de collage (gel mordançant + adhésif), ce qui permet d’enlever moins de tissu sain que l’amalgame,
- mise en place en une seule séance,
- réparable sur place sans tout refaire.
Limites :
- rétraction de prise lors de la polymérisation — peut créer des micro-infiltrations si la technique n’est pas maîtrisée,
- usure dans le temps sur les zones de forte mastication (molaires de patients bruxomanes),
- durée de vie moyenne 5 à 12 ans selon la zone et la qualité de pose.
Pour comprendre la technique précise du collage composite et ses indications, voir notre page traitement des caries par collage composite et notre fiche détaillée résine composite.
Les inlays et onlays céramique
Pour les cavités importantes — typiquement, le remplacement d’un gros amalgame ou la restauration d’une dent fracturée — le composite atteint ses limites. L’inlay (à l’intérieur des cuspides) ou l’onlay (recouvrant une ou plusieurs cuspides) en céramique est alors une excellente option.
Réalisé en deux séances (empreinte puis pose) ou en une seule avec une chaîne CFAO (CEREC), l’inlay est :
- très résistant à l’usure (durée de vie 15-20 ans dans les bonnes conditions),
- stable dimensionnellement (pas de rétraction),
- biocompatible et esthétique,
- plus coûteux qu’un composite direct.
C’est notre choix par défaut pour les cavités larges sur molaires chez l’adulte.
Le verre ionomère et les CVI modifiés
Matériaux libérant du fluor, intéressants pour les patients à fort risque carieux ou pour les restaurations transitoires (pédiatrie, dents temporaires). Moins esthétiques et moins résistants que le composite, ils gardent une place spécifique.
L’or coulé
Quasi disparu en pratique courante, l’inlay or reste cliniquement excellent (durée de vie 30+ ans) mais boudé pour des raisons esthétiques et de coût. Encore utilisé occasionnellement chez certains patients.
Faut-il remplacer ses anciens amalgames ?
C’est l’une des questions qui revient le plus en consultation. Notre réponse, alignée sur les recommandations de la SSO et de l’OMS :
Non, pas systématiquement. Un amalgame étanche, fonctionnel, sans signe de carie secondaire, peut rester en place pendant des décennies sans risque démontré. Le geste de dépose libère temporairement plus de mercure que l’amalgame stable en bouche.
Oui, dans ces situations :
- carie secondaire visible (en bordure de l’amalgame),
- fracture de l’amalgame ou de la dent,
- défaut esthétique gênant (sourire, demande du patient),
- dent fissurée nécessitant une protection plus large (passage à un onlay),
- demande médicale spécifique (allergie documentée au mercure — rare).
La dépose d’un amalgame doit être réalisée avec des précautions techniques : digue dentaire, aspiration chirurgicale haute puissance, fragmentation contrôlée, refroidissement abondant. C’est un protocole standard dans nos cabinets.
Le geste clinique aujourd’hui : du forage au collage
L’évolution majeure des 30 dernières années n’est pas seulement le matériau — c’est la philosophie de soin. La dentisterie restauratrice moderne suit le principe de dentisterie a minima : préserver le maximum de tissu sain, intervenir le moins possible.
Concrètement :
- Diagnostic précoce par examen clinique et radiographies bite-wing — voir notre page soins dentaires.
- Détection des caries débutantes avant qu’elles ne nécessitent un forage. Reminéralisation par fluor pour les lésions très précoces.
- Préparation conservatrice : on n’enlève que le tissu carié, pas les tissus sains environnants comme c’était la règle à l’époque de l’amalgame qui exigeait des cavités rétentives.
- Adhésion : le composite est collé à la dent, ce qui supprime le besoin de creuser des « rétentions mécaniques ».
- Suivi en prophylaxie pour détecter précocement toute carie secondaire — la prévention reste le meilleur traitement.
Cette approche prolonge significativement la durée de vie des dents naturelles et reporte de nombreuses années les traitements lourds (couronnes, implants).
Sécurité et environnement : où en est-on ?
Sur le plan individuel, les études disponibles n’ont pas démontré de risque sanitaire significatif lié aux amalgames en place chez la grande majorité des patients. L’OMS, l’AAP et la SSO maintiennent que les amalgames stables ne nécessitent pas de dépose préventive systématique.
Sur le plan environnemental, en revanche, le mercure est un polluant persistant, bioaccumulable, qui contamine les milieux aquatiques et la chaîne alimentaire (poissons). C’est cette dimension qui motive principalement la sortie progressive du mercure dentaire dans le cadre de la Convention de Minamata.
Les cabinets suisses sont équipés depuis longtemps de séparateurs d’amalgame (filtres haute efficacité sur les conduites d’aspiration) qui retiennent les particules avant rejet dans les eaux usées.
Combien coûte une restauration dentaire en Suisse ?
Les prix varient selon la localisation, la technique et le matériau. À titre indicatif à Genève :
| Type de restauration | Tarif indicatif (CHF) |
|---|---|
| Composite 1 face | 150 – 280 |
| Composite 2-3 faces | 280 – 500 |
| Inlay céramique CFAO 1 séance | 700 – 1 200 |
| Inlay céramique laboratoire 2 séances | 900 – 1 500 |
| Onlay céramique étendu | 1 200 – 1 800 |
Ces actes sont en général à la charge du patient (la LAMal ne les couvre pas en routine). Les assurances complémentaires dentaires prennent en charge selon les contrats.
Quand consulter pour un « plombage » ?
Plusieurs signes doivent vous amener à consulter :
- sensibilité au sucré, au froid ou au chaud sur une dent précise,
- douleur spontanée, lancinante ou nocturne,
- trace sombre visible sur une dent,
- bord rugueux ressenti à la langue,
- fil dentaire qui s’effiloche dans un espace interdentaire,
- ancienne restauration fracturée ou tombée.
Plus la carie est dépistée tôt, plus la restauration est conservatrice — et moins elle coûte.
Une dent à restaurer à Genève ? Nos cabinets de Plainpalais, Pont-Rouge et Nations proposent l’ensemble des techniques modernes : composite direct, inlay CFAO, onlay céramique. Prenez rendez-vous en ligne.
FAQ — plombage dentaire
Le « plombage » contient-il du plomb ?
Non. Le mot est un héritage historique. L’amalgame contient du mercure, de l’argent, de l’étain et du cuivre — pas de plomb. Aujourd’hui, la plupart des « plombages » sont des composites blancs (résine + charges minérales) sans aucun métal.
Faut-il enlever mes anciens amalgames ?
Non systématiquement. Un amalgame étanche et fonctionnel peut rester en place sans risque démontré. La dépose est indiquée en cas de carie secondaire, fracture, défaut esthétique gênant, ou demande médicale spécifique. Le geste de dépose doit être protégé (digue, aspiration haute) pour limiter la libération de mercure.
Le composite est-il aussi solide que l’amalgame ?
Sur les petites à moyennes cavités, oui. Sur les grandes restaurations en zone de forte mastication, le composite peut s’user plus vite. Pour ces situations, l’inlay céramique est souvent une meilleure option à long terme. Le choix se fait au cas par cas selon la taille de la cavité, votre activité de mastication et votre budget.
Combien de temps dure un composite ?
En moyenne 5 à 12 ans selon la zone, la qualité de la pose et l’hygiène. Une restauration sur incisive dans une bouche bien entretenue peut durer 15 ans ; un composite sur molaire chez un patient bruxomane peut nécessiter une réfection à 5 ans. Le contrôle régulier en prophylaxie permet de détecter les défauts précocement.
Le composite est-il remboursé ?
En Suisse, les composites comme les amalgames ne sont pas couverts par la LAMal en soins courants. Les assurances complémentaires dentaires prennent en charge tout ou partie selon les contrats. Demandez un devis détaillé à votre cabinet et vérifiez votre couverture.
Est-ce douloureux ?
La pose se fait sous anesthésie locale dans la grande majorité des cas. Pendant 24 à 72 heures, une sensibilité au froid ou à la mastication est possible — c’est normal et transitoire. Une douleur persistante ou croissante au-delà de quelques jours doit faire l’objet d’un contrôle.
Inlay ou composite : comment choisir ?
Le composite direct est indiqué pour les cavités petites à moyennes. L’inlay céramique est préférable pour les cavités larges, les remplacements de gros amalgames, ou les dents fracturées nécessitant une protection cuspidienne. Le coût de l’inlay est plus élevé mais sa durée de vie compense largement à long terme.
Pour aller plus loin
Le mot « plombage » est un fossile linguistique tenace, mais derrière le mot, la pratique a complètement changé. Adhésion plutôt que rétention mécanique, esthétique systématique, conservation maximale de tissu sain, sortie progressive du mercure : la dentisterie restauratrice moderne est plus respectueuse de la dent, du patient et de l’environnement.
Chez Névé, nous pratiquons la dentisterie a minima au quotidien — composites adhésifs pour les cavités courantes, inlays céramique pour les cas étendus, et surtout prévention en amont pour éviter le maximum de restaurations. Si vous avez une dent qui vous inquiète, ou un ancien amalgame dont vous vous demandez s’il faut le remplacer, prenez rendez-vous : nous vous donnerons un avis honnête, sans surtraitement.
Sources clés citées :
- Convention de Minamata sur le mercure (2013) — texte officiel
- Société suisse des médecins-dentistes (SSO) — position sur l’amalgame dentaire
- Organisation mondiale de la Santé — Future use of materials for dental restoration
- American Dental Association — Dental amalgam










